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TourbièreUne tourbière est une zone humide caractérisée par l'accumulation progressive de la tourbe, un sol caractérisé par sa très forte teneur en matière organique, peu ou pas décomposée, d'origine végétale. C'est un écosystème particulier et fragile dont les caractéristiques en font un puits de carbone, car il y a plus de synthèse de matière organique que de dégradation. [modifier] Conditions d'apparition et de maintien des tourbièresL'apparition et le maintien des tourbières dépendent de certains facteurs, tels que : [modifier] Le bilan hydriqueLe bilan hydrique doit être nul ou positif, de sorte que le milieu soit presque constamment inondé ou gorgé d'eau. Les milieux aquatiques sont pauvres en dioxygène et c'est une cause de la préservation de la matière organique. Cette abondance en eau peut être dûe à divers facteurs:
[modifier] Le climatOn trouve des tourbières de milieu tempéré et de milieu tropical.
[modifier] Facteurs qui maintiennent le milieu tourbeux
[modifier] Classification et typologie des tourbièresIl existe de nombreux types de tourbières, selon leur latitude, altitude, région biogéographique, géologie, écologie, etc. Comme les autres zones humides, ces écosystèmes abritent une biodiversité élevée et très souvent des espèces rares, devenues rares, ou dont les conditions de vie sont fragiles. La végétation et la faune y présentent souvent des adaptations ou caractéristiques singulières, parfois uniques : les plantes carnivores comme les Rossolis ou les Utriculaires, les plantes boréales, le Lézard vivipare, de nombreux invertébrés rares, etc. sont caractéristiques des tourbières et parfois leurs sont inféodés. La classification des tourbières est encore en discussion dans la communauté scientifique. Il est parfois difficile de faire la distinction entre deux types, ou de « classer une tourbière » dans une catégorie, d'autant qu'il existe des complexes tourbeux composés de deux ou plusieurs types de tourbières. Le classement peut s'effectuer selon plusieurs critères :
En fonction de l'épaisseur de la tourbe, et de sa teneur en matière organique, on distingue également les zones paratourbeuses (où l'épaisseur de tourbe est encore peu importante, dans les zones récentes comme les carrières ou gravières abandonnées), et les zones semi-tourbeuses (à teneur en matière organique plus faible). [modifier] Formation des tourbières et de la tourbeLa formation de la tourbe, au cœur de l'existence de la tourbière, peut être appelée turbigenèse, turfigenèse, turbification ou tourbification. C'est l'élément fondamental de l'existence de la tourbière. C'est l'accumulation progressive de matière organique non décomposée (essentiellement végétale) et son tassement qui contribue au fil du temps à former la tourbe. La tourbe se développe en général dans un milieu presque constamment gorgé d'eau, sous un climat frais et humide, conditions très défavorables à la décomposition de la matière organique. De ce fait, la tourbe se caractérise par sa très forte quantité de matières organiques mortes non décomposées, dont la teneur peut aller jusqu'à 80 à 90%. On distingue schématiquement trois types de tourbe :
De façon schématique, une tourbière "classique" (c'est-à-dire au sens le plus courant : les lacs-tourbières) connaît plusieurs phases de développement : depuis le comblement progressif d'une dépression naturelle remplie d'eau par des plantes partant du bord, passant par la constitution d'un véritable tapis végétal s'épaississant petit à petit jusqu'à gonflement du tapis et rejet de l'eau à la périphérie. La tourbière s'assèche progressivement, et devient inactive (c’est-à-dire qu'il n'y a plus de formation de tourbe), et cela se traduit par son affaissement, et souvent par son boisement. [modifier] Faune et FloreLes végétaux affectionnant ces milieux sont dits hygrophiles. Ce sont, entre autres, les mousses et en particulier les sphaignes, mais aussi de nombreux joncs et carex... dont les résidus forment après plusieurs siècles la tourbe. Les sphaignes sont les représentantes principales de la strate muscinale d'une tourbière, et sont à l'origine de la tourbification de par leurs caractéristiques particulières, comme l'accroissement continu et leur capacité à acidifier le milieu. Même mortes, les sphaignes peuvent conserver une importante quantité d'eau, contribuant à entretenir en surface des tourbières un microclimat humide et plus frais, même en pleine sécheresse. Dans les milieux naturellement peu alcalins, les sphaignes captent et séquestrent naturellement le peu d'ions calcium biodisponibles, entretenant un milieu très acide et oligotrophe. Elles disparaissent cependant en cas d'apport de calcaire, comme les droseras, plantes carnivores qui les accompagnent parfois. D’autres plantes sont les Carex, linaigrette et la molinie, et des arbustes de la famille des éricacées (bruyère, callune, etc.). On y trouve parfois des arbres tels que l’épicéa. Les tourbières, étant souvent situées dans des secteurs froids ou à humidité très élevée durant une grande partie de l'année, accueillent très souvent des espèces relictuelles des périodes glaciaires. Des plantes comme la Ligulaire de Sibérie, ou le Saule des Lappons, trouvent ainsi refuge dans les tourbières, parfois très loin de leur aire actuelle de répartition située dans les zones boréales. [modifier] Arbres et tourbières :Certaines tourbières sont plus ou moins boisés voire enforestées (avec en zone tropicale jusqu'à plus de 1000 arbres par ha, et plus de 100 espèces différentes appartenant à des dizaines de genres et familles pour un seul hectare). [modifier] En zone tempérée et froideLes arbres sont rares dans les tourbières très humides et fraiches, et la surface terrière (« G ») moyenne ou totale y est généralement faible. [modifier] En zone tropicaleLa tourbe s'y est souvent accumulée sur plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur. Ces tourbières ont été épargnées par les glaciations et elles bénéficient en outre d'un climat annuel souvent plus stable, ce qui explique que la diversité des arbres qui se sont adaptés aux sols tourbeux est souvent très élevée. À titre d'exemples:
Croissance des arbres : Des chercheurs ont suivi[9] la croissance des arbres d'une tourbière sur une parcelle de 1 ha dans le Parc national de Tanjung Putting créé en 1998 sur l'île indonésienne de Kalimantan. La circonférence moyenne des arbres s'est accrue de 0,9 cm/an, variant de 0,4 cm/an à 3,9 cm/an. Ceux qui grossisent le plus vite sont ceux dont le diamètre est compris entre 30 et 40 cm. [modifier] Faune des tourbièresFlore des tourbières [modifier] Les nombreux intérêts des tourbières pour l'homme[modifier] Valeur patrimoniale : les habitats naturels, la faune et la flore[modifier] Valeur écologique : rôle dans le cycle de l'eauLa majorité des tourbières sont situées dans les zones de moyenne et haute montagne, près des sources des grands fleuves et rivières. On dit qu'elles sont en « tête de bassin versant ». Comme les autres types de zones humides, elles ont un rôle important dans le cycle de l'eau :
[modifier] Valeur pédagogique[modifier] Valeur historique et paléologique : la mémoire des tourbières
Homme de Tollund préservé dans une tourbière depuis des siècles
Comme on l'a vu, la tourbe se forme dans un milieu constamment gorgé d'eau, et donc très pauvre en oxygène (on parle d'un milieu très peu oxydant). Cela permet à la matière organique de rester dans un bon état de conservation, même après des milliers d'années. Ainsi, le pollen des arbres, arbustes et plantes qui se dépose au gré de vent dans une tourbière reste conservé dans la tourbe, et s'accumule au fil des ans, des siècles, des millénaires. La tourbe constitue un enregistrement de l'état de la végétation passée. L'étude des grains de pollens, la palynologie, a fait grand usage de cette propriété des tourbières. Comme pour la glaciologie où l'on peut réaliser des carottes de glace et y lire l'histoire du climat, les palynologues réalisent des carottes de tourbe pour y lire l'histoire de la végétation. Après préparation des échantillons, les différents types de grains de pollen sont identifiés et comptés, puis les différentes strates des carottes sont datées. On obtient ainsi un diagramme pollinique, qui retrace l'histoire de l'évolution de la végétation depuis que la tourbe l'a enregistrée. En recoupant ces informations avec des études sur l'histoire des activités humaines, on peut avoir une idée plus précise des relations entre l'homme et le milieu naturel : défrichements, développement de la céréaliculture, plantations de résineux, pâturages, etc. Ainsi quand une tourbière disparaît, c'est une partie de l'histoire des paysages anciens qui disparaît, mais également une partie de l'histoire du développement des populations humaines passées. D'une manière générale, les vestiges organiques de toute sorte sont préservés : on a ainsi pu retrouver de nombreux corps humains momifiés à travers l'Europe du Nord, les hommes des tourbières. Ces cadavres nous renseignent notamment sur la culture et le mode de vie des hommes de l'âge du fer. [modifier] Valeur économique : l'exploitation des tourbièresLa forte teneur en matière organique de la tourbe en fait un très bon combustible (une fois séchée), traditionnellement exploitée dans les régions où les tourbières sont abondantes. On nomme cette activité le tourbage. L'extraction de la tourbe procède tout d'abord du creusement d'une fosse de tourbage, ou le dégagement d'un front de taille. À l'aide d'outils développés à cet effet, la tourbe est découpée en morceaux de la taille d'une brique, et empilée sur la tourbière. Gorgées d'eau, ce n'est qu'après avoir séché convenablement que les briques de tourbe pourront être utilisées pour le chauffage. Une autre exploitation de la tourbe est l'horticulture, comme terreau, toujours du fait de sa grande teneur en matières organiques. La réglementation de protection des tourbières, qu'elle soit de niveau national, ou européen, ou même mondial, a notamment pour objectif de réduire l'impact négatif de cette activité sur les écosystèmes tourbeux, notamment de leur exploitation industrielle. De nombreux sites ont ainsi pu être réhabilités, et les projets d'exploitation industrielle de tourbières sont désormais moins nombreux, bien qu'encore présents, parfois au mépris de la fragilité du site.
[modifier] Des écosystèmes menacésLes tourbières sont des milieux naturels en régression en raison de leur exploitation, du drainage qui provoque leur minéralisation, parfois irréversible, et peut-être en raison des modifications climatiques et localement des teneurs de la pluie en nitrates d'origine agricole. On estime que les tourbières couvrent encore aujourd'hui (environs de l'an 2000) de trois à quatre millions de kilomètres carrés (selon la définition qu'on en retient) à l'échelle du globe (Joosten & Clarke 2002). Elles sont essentiellement situées en zone boréale, des latitudes 50° à 70° (au Canada, en Russie, en Fennoscandie et dans le Nord-Ouest européen (O'Neill 2000; Payette et Rochefort 2001). Au Canada, où des tourbières sont en voie de reconstitution, comme puits de carbone, elles recouvrent environ 170 millions d'hectares (Gorham 1990), soit 17% du territoire mais leur diversité écologique s'est souvent fortement dégradées, et comme en Europe elles sont victime de fragmentation écologique. Au Québec, elles couvrent de 7 à 9% de la superficie de la province (Buteau 1988; Keys 1992). [modifier] La combustion du carbone des tourbièresAccumulée depuis des centaines de milliers d'années, la tourbe représenterait à l'échelle planétaire environ 500 Gt de carbone, soit environ soixante-dix ans d'émissions anthropiques. Elle est exploitée en zone tempérée depuis plus de 1000 ans comme combustible, mais de moins en moins. [modifier] ToponymieDe nombreux noms et toponymes se rencontrent de par le monde dans les régions riches en tourbières. Dans les parties boréales du Canada, une vaste étendue de tourbière (ombrotrophe ou minérotrophe) est appelée muskeg. En France, dans les régions riches en tourbières, on trouve souvent des localités portant un nom proche ou dérivé de Sagne(s), ou Fagne(s). En Languedoc-Roussillon, les sagnes désignent les roselières, et sagneur est le nom de la personne récoltant les roseaux. [modifier] Notes et références
[modifier] Voir aussi[modifier] Articles connexes[modifier] Liens externes
Mensemat-Sambas, West Kalimantan] : À propos de tourbières tropicales
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