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Nihilisme
Le nihilisme (latin : nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d'après lequel, le monde (et particulièrement l'existence humaine) est dénué de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toute valeur. Ce point de vue assez ancien s'avère aujourd'hui en phase avec l'approche scientifique moderne du monde dans le cosmos : le système solaire et ses composants (homme, faune, flore, minéraux, énergie, ...) sont des aléas dans les cycles de tranformation lente de la matière cosmique; celle-ci nous échappant complètement dans son origine, but et finalité. Cette notion est applicable à différents contextes : philosophie, histoire et politique.
[modifier] Le nihilisme philosophique[modifier] le nihilisme de Gorgias ou ses propos sur le non-êtreDans la Grèce antique, le sophiste Gorgias développa des thèses nihilistes. Ce fut l'un des premiers philosophes à le faire. Ces thèses se résument en trois points :
Sur le fait que rien n’existe, voici l’argumentation de Gorgias expliquée de manière simplifiée : Si quelque chose existe, c’est forcement l’être ou le non être. Or ni l’un ni l’autre n’existe.
Ainsi, si ni l’être ni le non être n’existent, alors rien n’existe. [modifier] la pensée de NietzscheAu XIXe siècle, Friedrich Nietzsche décrit l'accélération de l'Histoire avec les déséquilibres qui s'accentuent compensés par la tyrannie anonyme des institutions génératrice de stress. Pour ce dernier, la notion de nihilisme révèle un paradoxe intéressant. Il décrit deux formes de nihilisme :
Selon Nietzsche, l'état normal du nihilisme, qui est la négation de l'être, est une manière divine de penser, en ce sens qu'elle est un rejet définitif de tout idéalisme (du nihilisme au sens faible) et de ses conséquences (la morale entre autres). Cioran inventa le nihilisme pessimiste, qui ne laisse à l'homme aucune lueur d'espoir. Mais l'auteur qui poussa le nihilisme dans son plus lointain extrême fut certainement Albert Caraco, qui voyait la vie comme un non-sens absolu. [modifier] Nihilisme et littératureDes écrivains comme Dostoïevski dans Les Possédés et Émile Zola dans Germinal montrent et éventuellement dénoncent le danger de l'extrémisme du nihilisme. Dostoïevski constate la difficulté de concilier l'idée d'un Dieu bon et tout-puissant avec l'existence du mal. Le mal, surtout, le tourmente. D'un autre côté, il constate que l'athéisme occidental ne nie plus seulement Dieu, mais aussi le sens de la création, la raison d'être du monde et de la vie. Il constate que la justice humaine est incapable de porter remède au mal moral. Elle est elle-même un mécanisme parfois inhumain. Le socialisme, dans certaines formes, enlève à l'homme sa liberté pour faire son bonheur. Le socialisme athée nie la conscience. Mais Dostoïevski en vient à constater que « si Dieu n'existe pas, tout est permis. » (cette constatation devient ce que certains appelleraient plus tard le « Problème du bien »). C'est à cette question provocante que plus tard des individus comme Camus tenteront de répondre. Camus, par exemple, pense que le sens de l'absurde n'est pas dans les choses. « L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde ». L'absurde est maintenu comme certitude et présupposition première. Sa conséquence est le renoncement à toute attribution métaphysique d'un sens à l'existence. Franz Kafka, Louis-Ferdinand Céline, Albert Camus par exemple dans Le Mythe de Sisyphe (1942) au théâtre, Eugène Ionesco dans La cantatrice chauve (1950) illustrent cette aliénation de l'individu occidental et son vide existentiel corseté. Ces contraintes permettent chez des artistes comme les surréalistes un dépassement symbolique. [modifier] Nihilisme et bouddhismeLe bouddhisme est souvent confondu avec le nihilisme. Cela est une interprétation erronée ou simplement une ignorance de la notion de vacuité (shûnyâta), qui littéralement signifie "vide". Cette vue fausse vient de notre manière instinctive de penser en termes de dualité, de couples d'oppositions. Le bouddhisme rejette tant l'Etre que le Néant, concepts qui tous deux ne correspondent à aucune réalité (l'Etre n'est pas, puisqu'il n'y a rien de permanent, et le Néant n'est pas, par définition : la réalité est quelque chose qui n'est ni l'un ni l'autre et que la pensée discursive ne peut saisir ultimement). Quand on dit que les choses sont vides d'existence propre, on veut dire qu'elle n'existent pas par elles-mêmes, c'est-à-dire qu'elles dépendent des autres pour exister. De plus, comme elles sont impermanentes donc transitoires, elles n'existent pas durablement. C'est en ce sens que l'on parle de non-existence, de vacuité. Les phénomènes ne renvoient pas à un substrat durable (l'Etre), ni à une absence de cause (le Néant), mais à d'autres phénomènes en réalité relative. Le concept de "vacuité absolue" est cependant ce qui s'approche le plus du "néant" de la philosophie occidentale, et le nirvāna est défini dans les textes comme "là où il n'y a rien, où rien ne peut être saisi" (Sutta Nipāta, 1093-1094). Le bouddhisme est souvent vu comme nihiliste parce qu'il n'affirme pas la survie d'une quelconque âme, à la différence de la plupart des religions théistes. En réalité, la philosophie bouddhiste prétend se placer, d'un point de vue ultime, au-delà de l'être et du non-être, dans la non-dualité. [modifier] Nihilisme politiqueLe nihilisme correspond aussi à un mouvement politique en Russie, parfois appelé « nihilisme destructeur », responsable notamment de l'assassinat du tsar Alexandre II. Le nihilisme a existé comme critique sociale en Russie au XIXe siècle. Il évolua vers une doctrine politique n'admettant aucune contrainte de la société sur l'individu, en refusant tout absolu religieux, métaphysique, moral ou politique. Par extension, nom donné aux mouvements révolutionnaires anti-tsaristes qui prônèrent le terrorisme politique. Bien qu'éphémère, ce mouvement politique aura soulevé des questions auxquelles s'intéresseront les penseurs de tous horizons. De ces interrogations naîtra une doctrine philosophique en relation avec l'absurde sociologique, la négation des valeurs morales et plus généralement, la négation de l'existence d'une réalité substantielle. Le terme nihilisme fut popularisé par l'écrivain russe Ivan Tourgueniev dans sa nouvelle Pères et fils (1861) pour décrire, au travers de son héros Bazarov, les vues de l'intelligentsia radicale russe émergente. Celle-ci était surtout composée des étudiants des classes supérieures, qui étaient de plus en plus désillusionnés par le changement lent des réformes politico-sociales. Le critique Nicolaï Dobrolioubov, le théoricien Dimitri Pissarev, l'économiste Nikolaï Tchernychevsky, les scientifiques Lavrov et Kropotkine prônent des actions directes et violentes pour renverser le régime afin de reconstruire, de façon scientifique, un monde qui assurera le bonheur des masses.[1] Les nihilistes réussirent à assassiner le tsar Alexandre II qui voulait rendre son régime moins autocratique, ce qui fit passer le pouvoir à son fils qui avait des idées moins libérales. Le raidissement dans une société qui s'industrialisait rapidement aboutit pendant la Première Guerre mondiale à l'instauration du communisme et la lutte des classes en système. La répression qui suivit l'assassinat du tsar fut fatale au mouvement nihiliste, mais pas à ses idées. [modifier] Notes et références
[modifier] Bibliographie
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