Giovanni Gentile

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Giovanni Gentile
Giovanni Gentile

Giovanni Gentile (Castelvetrano, le 30 mai 1875 - Florence, le 15 avril 1944) était un philosophe italien, idéaliste et néo-hégélien, proche de Benedetto Croce. Il se décrit lui-même comme le "philosophe du fascisme", et a en grande partie rédigé pour Benito Mussolini la Doctrine du fascisme en 1932. Il est également à l'origine de l'idéalisme actuel, un courant philosophique qui entendait se distinguer de l'idéalisme trancendental de Kant et de l'idéalisme absolu de Hegel.

Sommaire

[modifier] Biographie

Fils d'un pharmacien et de la fille d'un notaire, il grandit à Campobello di Mazara, en Sicile, et étudie au lycée de Trapani. En 1895, il réussit le concours de l'École normale supérieure de Pise, où il s'inscrit à la faculté de Lettres et de Philosophie. Il y a pour professeurs, entre autres, Alessandro D'Ancona (professeur de littérature, attaché à la méthode historique, au positivisme et aux idées libérales), Amedeo Crivellucci (professeur d'histoire) et Donato Jaia (professeur de philosophie, disciple de Bertrando Spaventa), qui tous trois influencent notablement la formation de sa pensée philosophique.

En 1897, après avoir suivi un cours de perfectionnement à Florence, Gentile obtient une chaire de philosophie au lycée Mario Pagano, à Campobasso, et trois ans plus tard au lycée Vittorio Emanuele, à Naples. Il épouse en 1901 Erminia Nudi, dont il avait fait la connaissance à Campobasso. Ils eurent six enfants, Teresa (1902), Federico (1904), Gaetano e Giovanni (1906), Benedetto (1908) et enfin Fortunato (1910).

Il obtient successivement la libera docenza[1] en philosophie et en pĂ©dagogie, en 1902 et 1903, puis une chaire Ă  l'universitĂ© de Palerme ; il y enseigne de 1906 Ă  1914, part ensuite Ă  Pise, avant d'arriver Ă  Rome en 1919.

Pendant ses Ă©tudes Ă  Pise, il avait fait la connaissance de Benedetto Croce ; les deux intellectuels entretinrent une correspondance suivie de 1896 Ă  1923, discutant d'histoire, de littĂ©rature et de philosophie. Tous deux idĂ©alistes, ils entendaient combattre de l'intĂ©rieur le positivisme et la dĂ©gĂ©nĂ©rescence dont Ă©tait selon eux victime l'universitĂ© italienne. Ils fondent ensemble en 1903 la revue La critica, pour contribuer Ă  la rĂ©novation de la culture italienne, Croce traitant principalement de littĂ©rature et d'histoire, et Gentile de philosophie. Ă€ cette Ă©poque, Gentile n'avait pas encore mis en place son propre système philosophique ; ce n'est que peu avant la Première guerre mondiale qu'il donnera un tour plus systĂ©matique Ă  ses idĂ©es, en dĂ©veloppant sa thĂ©orie de l'actualisme. En 1920, il fonde le Giornalo critico della filosofia italiana.

Lorsque commence la Première guerre mondiale, un vif dĂ©bat a lieu en Italie au sujet de la non-belligĂ©rance ; Gentile se prononce en faveur de l'entrĂ©e en guerre : pour lui, c'est une manière de conclure le Risorgimento dans un effort commun capable de souder la nation. En 1922, au moment de la prise du pouvoir par Mussolini, il ne prend pas position, et n'a d'ailleurs jusque lĂ  accordĂ© que peu d'intĂ©rĂŞt au fascisme. Il est pourtant nommĂ© ministre de l'Instruction publique du nouveau rĂ©gime, et le reste jusqu'en 1924, lorsqu'il dĂ©missionne volontairement. Ă€ ce poste, il mène Ă  bien une rĂ©forme scolaire d'ampleur significative. Après sa dĂ©mission, il est nommĂ© prĂ©sident de la Commission des Quinze (devenue par la suite la Commission des Dix-huit) mise en place en vue d'une rĂ©forme de la Constitution italienne. En fait, les travaux de la Commission n'auront pas de consĂ©quences concrètes.

En 1923, Gentile adhère au Parti fasciste, avec l'ambition de lui fournir un programme idĂ©ologique et culturel ; il publie deux ans plus tard le Manifeste des intellectuels fascistes, dans lequel il livre sa vision du fascisme, qui pourrait selon lui ĂŞtre Ă  l'origine de la rĂ©gĂ©nĂ©ration morale et religieuse des Italiens, dans la continuitĂ© du Risorgimento. Ce manifeste rĂ©vèle Ă©galement l'Ă©loignement croissant entre sa pensĂ©e et celle de Benedetto Croce ; ce dernier lui rĂ©pond d'ailleurs par un contremanifeste.

Au cours des années 1920, Gentile exerce une influence considérable sur la culture italienne, en particulier dans le domaine de l'éducation. Il est directeur scientifique de l'Enciclopedia Italiana de l'Institut Giovanni Treccani de 1925 à 1938, et vice-président de ce même institut de 1933 à 1938. Il contribue à la fondation de l'Institut national fasciste de la culture, en 1925, puis en est nommé directeur en 1937. À partir de 1932, il est directeur de l'École normale supérieure de Pise, et entre à l'Académie des Lynx la même année.

Pourtant, il lui arrive de manifester son dĂ©saccord Ă  l'Ă©gard du rĂ©gime ; mĂŞme s'il reconnaĂ®t le catholicisme comme forme historique de la spiritualitĂ© italienne, il est fortement attachĂ© Ă  la laĂŻcitĂ© de l'État, et dĂ©sapprouve les accords du Latran, signĂ©s en 1929 entre le rĂ©gime de Mussolini et l'Église catholique. Gentile s'oppose Ă©galement aux lois raciales de 1938. En 1934, ses Ĺ“uvres et celles de Benedetto Croce sont mises Ă  l'Index par le Saint-Office. Enfin, en 1936, il engage une longue polĂ©mique avec le ministre de l'Éducation nationale, Cesare Maria de Vecchi, portant notamment sur la centralisation des universitĂ©s entreprise par ce dernier.

En 1943, il donne ses deux dernières confĂ©rences, Ă  l'occasion desquelles il livre un rĂ©sumĂ© de sa pensĂ©e politique. Dans la première, La mia religione, prononcĂ©e le 9 fĂ©vrier, il s'affirme chrĂ©tien et catholique tout en dĂ©fendant l'idĂ©e d'un État laĂŻc. La deuxième, Discorso agli italiani, le 24 juin, exalte l'unitĂ© nationale, alors que l'Italie est sur le point de connaĂ®tre l'une des plus graves crises de son histoire ; les idĂ©es qu'il dĂ©veloppe Ă  cette occasion serviront de fondements Ă  la RĂ©publique sociale italienne créée en septembre 1943. Après cette dernière confĂ©rence, il se retire Ă  Troghi (près de Rignano sull'Arno, dans la province de Florence), oĂą il Ă©crit son dernier ouvrage, Genèse et structure de la sociĂ©tĂ©, qui sera publiĂ© après sa mort.

À l'automne 1943, à la demande de Mussolini, il manifeste son soutien à la République sociale, et appelle au renouveau de l'unité nationale. Il devient président de l'Académie d'Italie, qui a pour objectif de remplacer l'ancienne Académie des Lynx. Considéré par certains courants de la résistance italienne comme l'un des principaux responsables du fascisme, il est assassiné le 15 avril 1944 dans sa maison de Florence par des partisans appartenant au Groupe d'action patriotique.

[modifier] Philosophie

Les fondements philosophiques que Gentile prĂ©tend donner au fascisme prennent source dans la manière particulière dont il envisage l'ontologie et l'Ă©pistĂ©mologie. Il rejette l'individualisme pour lui prĂ©fĂ©rer le collectivisme : l'État est le seul dĂ©tenteur de l'autoritĂ©, et l'individu doit lui ĂŞtre parfaitement soumis, dans la mesure ou l'individualitĂ© n'a pas de sens pris en-dehors de l'État - ce qui justifie pour lui le totalitarisme.

[modifier] Ĺ’uvres

[modifier] Essais d'ordre général et ouvrages philosophiques

  • La filosofia di Marx, studi critici, Pise, Spoerri, 1899 (trad. française, TER, 1995)
  • L'atto del pensare come atto puro (1912)
  • La riforma della dialettica hegeliana (1913)
  • La filosofia della guerra (1914)
  • La teoria generale dello spirito come atto puro, Bari, Laterza e figli, 1916, traduit en français par A. Lion sous le titre L'Esprit, acte pur, Paris, Alcan, 1925
  • I fondamenti della filosofia del diritto, Pise, Mariotti, 1916
  • Sistema di logica come teoria del conoscere (1917-1922)
  • Guerra e fede (1919, recueil d'articles Ă©crits pendant la Première Guerre mondiale)
  • Dopo la vittoria (1920, recueil d'articles Ă©crits pendant la Première guerre mondiale)
  • Discorsi di religione (1920)
  • Il modernismo e i rapporti tra religione e filosofia, Bari, Laterza e figli, 1921
  • Frammenti di storia della filosofia (1926)
  • La filosofia dell'arte (1931)
  • Introduzione alla filosofia (1933)
  • Genesi e struttura della societĂ  (postumo 1946)
  • L'esprit, la vĂ©ritĂ© et l'histoire, recueil d'articles traduits par Joseph Moreau, Paris, Aubier, 1962

[modifier] Histoire

  • Delle commedie di Antonfrancesco Grazzini detto il Lasca (1895)
  • Rosmini e Gioberti (1898, tesi di laurea)
  • La filosofia di Marx (1899)
  • Dal Genovesi al Galluppi, Naples, edizioni della Critica, 1903
  • Bernardino Telesio, Bari, Laterza e figli, 1911
  • Studi vichiani, Messine, Principato, 1915
  • Le origini della filosofia contemporanea in Italia, Messine, Principato, 1917
  • Il tramonto della cultura siciliana, Bologne, Zanichelli, 1917
  • Giordano Bruno e il pensiero del Rinascimento, Florence, Valecchi (1920)
  • Frammenti di estetica e letteratura (1921)
  • La cultura piemontese (1922)
  • Gino Capponi e la cultura toscana del secolo XIX, Florence, Valecchi (1922)
  • Studi sul Rinascimento (1923)
  • I profeti del Risorgimento italiano: Mazzini e Gioberti (1923)
  • Bertrando Spaventa (1924)
  • Manzoni e Leopardi (1928)
  • Economia ed etica (1934)

[modifier] Pédagogie

  • L'insegnamento della filosofia nei licei (1900)
  • Scuola e filosofia (1908)
  • Sistema di pedagogia come scienza filosofica (1912)
  • I problemi della scolastica e il pensiero italiano, Bari, Laterza e figli, 1913
  • Il problema scolastico del dopoguerra (1919)
  • La riforma dell'educazione (1920)
  • Educazione e scuola laica, Florence, Vallecchi, 1921
  • La nuova scuola media (1925)
  • La riforma della scuola in Italia (1932)

[modifier] Politique

  • Manifesto degli intellettuali del fascismo (1925)
  • Che cos'è il fascismo (1925)
  • Fascismo e cultura (1928)
  • Origini e dottrina del fascismo (1929)
  • La mia religione (1943, transcription d'une confĂ©rence prononcĂ©e Ă  Florence)
  • Discorso agli Italiani (1943, transcription d'une confĂ©rence prononcĂ©e Ă  Rome)

[modifier] Bibliographie

  • Entre philosophie et politique, Giovanni Gentile : un philosophie engagĂ© sous le fascisme, Nadia Allegri Sidi-Maamar, Paris, l'Harmattan, 2001
  • (en) Giovanni Gentile : philosopher of fascism, Anthony James Gregor, New Brunswick, 2001
  • (en) Mussolini's fascist philosopher : Giovanni Gentile reconsidered, Myra E. Moss, New York, 2004
  • (it) Gentile e Heidegger : al di lĂ  del pensiero, Francesco Saverio Chesi, Milan, EGEA, 1992
  • (it) Gentile e il neoidealismo, Maria Adelaide Raschini, Venise, Marsilio, 2001

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Titre universitaire italien permettant d'être professeur dans l'enseignement supérieur


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