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Georges Bataille
Georges Bataille, nĂ© le 10 septembre 1897 Ă Billom (Puy-de-DĂŽme), mort le 8 juillet 1962 Ă Paris, est un Ă©crivain français. Multiforme, son Ćuvre s'aventure Ă la fois dans les champs de la littĂ©rature, l'anthropologie, la philosophie, l'Ă©conomie, la sociologie et l'histoire de l'art. Ărotisme et transgression sont les deux termes les plus communĂ©ment attachĂ©s Ă son nom. [modifier] BiographieDeuxiĂšme fils dâun pĂšre syphilitique et aveugle, sa famille sâinstalle en Champagne, en 1901, ce qui permet au jeune garçon de commencer ses Ă©tudes Ă Reims puis Ă Ăpernay. [modifier] Le choc de la premiĂšre guerre mondialeReims Ă©tant menacĂ©e par lâartillerie allemande, dĂšs 1914, laissant son Ă©poux sur place, sa mĂšre fuit en compagnie de ses deux garçons pour se rĂ©fugier dans sa famille Ă Riom-Ăšs-Montagnes. LĂ , Georges peut continuer ses Ă©tudes et dĂ©cide que « son affaire en ce monde est dâĂ©crire, en particulier dâĂ©laborer une philosophie paradoxale ». Un an plus tard, il passe avec succĂšs son baccalaurĂ©at. Cette mĂȘme annĂ©e, son pĂšre meurt. Le jeune homme en est dâautant plus culpabilisĂ©, que sa mĂšre lui a interdit dâaller le rejoindre. MobilisĂ© en 1916, il est rapidement rendu Ă la vie civile pour insuffisance pulmonaire. Alors quâil avait Ă©tĂ© Ă©levĂ© hors de toute religion, ses parents Ă©tant athĂ©es, il se convertit au catholicisme en 1917 et entre au grand sĂ©minaire de Saint-Flour afin de devenir prĂȘtre. Mais sa passion pour le Moyen-Ăge reste la plus forte. LâannĂ©e suivante, il abandonne toute idĂ©e de vocation religieuse aprĂšs avoir Ă©tĂ© admis Ă lâĂcole des Chartes. Il sâinstalle Ă Paris oĂč il se lie dâamitiĂ© avec AndrĂ© Masson. Câest en cette annĂ©e 1918, quâil publie un opuscule de six pages : « Notre-Dame de Rheims », cĂ©lĂ©brant la cathĂ©drale qui venait dâĂȘtre presque entiĂšrement dĂ©truite par les bombardements[1]. [modifier] De Bergson Ă Freud en passant par NietzscheEn 1920, alors quâil sĂ©journe Ă Londres, il rencontre Henri Bergson. Le philosophe lâinvite Ă dĂźner chez lui et lui propose la lecture du « Rire ». Celle-ci le laissera sur sa faim mais dĂ©jĂ Bataille considĂšre ce phĂ©nomĂšne typiquement humain comme essentiel. AprĂšs avoir rompu avec le catholicisme lors dâune visite Ă lâabbaye de Quarr, sur lâĂźle de Wight, il revient Ă Paris soutenir avec succĂšs sa thĂšse sur « LâOrdre de chevalerie, conte en vers du XIIIe siĂšcle », et il est diplĂŽmĂ© archiviste-palĂ©ographe de lâĂcole des Chartes en 1922. Il part alors en stage Ă Madrid, oĂč il rejoint lâĂcole des hautes Ă©tudes hispaniques[2]. AttirĂ© par les corridas, il frĂ©quente les arĂšnes de Madrid. Au cours de lâune de celle-ci, il assiste Ă la mort de Manuel Granero, le torero ayant dâabord Ă©tĂ© Ă©nucléé par les cornes du taureau qui sâacharna sur lui jusquâĂ lui rĂ©duire le crĂąne en bouillie. Bataille en sort trĂšs marquĂ©, nâoubliant jamais cette scĂšne oĂč sâĂ©taient, pour lui, croisĂ©es mort et sexualitĂ©. De retour en France, il est nommĂ© bibliothĂ©caire stagiaire et commence sa carriĂšre Ă la BibliothĂšque nationale. Il dĂ©couvre alors lâĆuvre de Friedrich Nietzsche et ses thĂ©ories sur la mort de Dieu et lâapparition au crĂ©puscule de la civilisation occidentale. Câest en 1923, quâil lit Freud et rencontre rĂ©guliĂšrement LĂ©on Chestov. Ensemble, ils vont traduire en français son livre lâ« IdĂ©e de bien chez TolstoĂŻ et Nietzsche »[3]. Tout comme le philosophe allemand, le philosophe russe a une influence trĂšs profonde sur Bataille. [modifier] Sa rencontre avec Michel LeirisCâest en 1924 quâil est nommĂ© bibliothĂ©caire au DĂ©partement des MĂ©dailles de la BibliothĂšque nationale. Sâil se plonge dans le premier « Manifeste du surrĂ©alisme » quâil trouve « illisible », cette annĂ©e est surtout marquĂ©e par sa rencontre avec Michel Leiris. Ce denier a dĂ©crit leur premier rendez-vous :
TrĂšs rapidement les deux hommes se lient dâamitiĂ© et Leiris confie :
[modifier] L'engagement politique et antifascisteAu dĂ©but des annĂ©es 1930, Bataille est membre du Cercle communiste dĂ©mocratique fondĂ© et dirigĂ© par Boris Souvarine, il Ă©crit dans sa revue La Critique sociale. Dans ce contexte, en marge des Ligues et du Front populaire, Bataille fonde le mouvement Contre-attaque qu'il dirige dans ses grandes lignes thĂ©oriques. La fracture entre lui et AndrĂ© Breton est dĂ©clarĂ©e. En effet, le « pape du surrĂ©alisme » dut ĂȘtre dĂ©rangĂ© par l'importance et le crĂ©dit nouvellement accordĂ© Ă une ancienne victime de la politique d'ostracisme qu'il avait appliquĂ©e jusqu'alors Ă ses « troupes » surrĂ©alistes. [modifier] Le CollĂšge de SociologieFondateur de plusieurs revues (dont en 1946, la revue Critique plus tard dirigĂ©e par son ami Jean Piel) et groupes d'Ă©crivains, il est l'auteur d'une Ćuvre abondante et trĂšs diverse, publiĂ©e en partie sous pseudonyme : rĂ©cits, poĂšmes, essais sur d'innombrables sujets[4]. Il dĂ©bat ainsi au sein du CollĂšge de sociologie (1937-1939) avec les ethnologues Roger Caillois, Michel Leiris et Anatole Lewitzki. Relativement peu connu de son vivant, il exercera aprĂšs sa mort une influence considĂ©rable sur des auteurs tels que Michel Foucault, Philippe Sollers ou Jacques Derrida. [modifier] Le conservateur de l'Ingimbertine de CarpentrasCe fut en 1949 que Bataille reçut sa nomination de conservateur Ă la BibliothĂšque Inguimbertine de Carpentras. Il arriva dans la capitale du Comtat Venaissin en compagnie de sa jeune Ă©pouse Diane et de Julie, leur petite fille. Le chartiste, qui avait fait toute sa carriĂšre Ă la BibliothĂšque Nationale, Ă©tait en disponibilitĂ© depuis sept ans Ă cause dâune tuberculose. Son mariage en 1946 avec Diane Kotchoubey de Beauharnais[5] puis la naissance, trois ans plus tard, de Julie, lui avait imposĂ©, bon grĂ© mal grĂ©, de reprendre du service. [modifier] Rencontre avec RenĂ© Char et Albert CamusArrivĂ© sur place, Bataille invita Ă une rencontre mĂ©morable ses amis Albert Camus et RenĂ© Char, qui dirigaient la revue EmpĂ©docle, ils arrivĂšrent avec leur cofondateur Albert BĂ©guin ainsi que Jacques Dupin, secrĂ©taire de rĂ©daction de la revue, avec lequel il se lia dâamitiĂ©. Il y publiera Comment dire ?[6]. Cette mĂȘme annĂ©e, il rencontra Francis Ponge, AndrĂ© FrĂ©naud, Georges SchĂ©hadĂ© et Georges Braque. [modifier] L'Ă©criture et l'engagement de l'Ă©crivainAu cours de lâannĂ©e 1950, ses rencontres avec RenĂ© Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, dĂ©bouchĂšrent sur une estime et une amitiĂ© sincĂšres. Peu aprĂšs le lancement de la revue Critique que dirigeait Bataille, le poĂšte lui avait Ă©crit : «Toute une rĂ©gion majeure de lâhomme dĂ©pend aujourdâhui de vous ». Les discussions entre les deux hommes incitĂšrent RenĂ© Char Ă poser, en mai de cette annĂ©e, dans sa revue EmpĂ©docle, cette question piĂšge : « Y a-t-il des incompatibilitĂ©s ? » Attendait-il une rĂ©ponse de la part des Ă©crivains et Ă des intellectuels sans prĂ©juger du ou des sujets abordĂ©s ou, avant tout, espĂ©rait-il la contribution de Georges Bataille ? Il ne fut pas déçu. Elle fut des plus ambitieuses en abordant le problĂšme de lâaction opposĂ©e au langage, celui du langage comme mode de lâaction qui entraĂźne lâĂ©crivain vers une remise en cause de sa position : « Y a-t-il des incompatibilitĂ©s entre lâĂ©criture et lâengagement ? ». Cette analyse, Ă une Ă©poque oĂč l'existentialiste de Sartre pesait de tout son poids, l'entraĂźna dans la dissection dâun monde en mutation et des rapports de lâintellectuel au pouvoir, questions aussi essentielles quâintemporelles[7]. [modifier] La fascination de la cruautĂ©FascinĂ© par le rituel de sacrifice humain de maniĂšre presque pathologique, il s'amusait dans les cafĂ©s parisiens Ă montrer les photographies de ces sacrifices aux personnes venant s'attabler. Cette fascination l'amena Ă fonder AcĂ©phale, une revue d'inspiration nietzschĂ©enne mais aussi une sociĂ©tĂ© secrĂšte visant Ă crĂ©er « la communautĂ© de ceux qui n'ont pas de communautĂ© ». Ce fut en 1950 qu'il assista aux corridas[8] de NĂźmes, accueilli par AndrĂ© Castel, un bibliophile, grand aficionado et Ćnologue nĂźmois dont son ami Michel Leiris[9] avait fait la connaissance en 1938. Outre Georges Bataille, le couple Leiris entraĂźnait chez Castel Jean Dubuffet, AndrĂ© Masson, Jean Paulhan et Blaise Cendrars, Jean Cocteau et ses riches amies mais aussi Pablo Picasso. Le NĂźmois, que tous appellent Don Misterio, les recevait dans la cour de son laboratoire dâĆnologie, parmi des toreros cĂ©lĂšbres, des danseuses et des chanteurs de flamenco. En dĂ©pit de lâĂ©pisode Dora Maar, les relations entre Bataille et Picasso nâavaient que peu souffert. Celui-ci arrivait avec sa compagne Françoise Gilot, qui avait remplacĂ© la cĂ©lĂšbre photographe, et le couple Georges-Diane filait le parfait amour. De plus, leur passion taurine gommait tout. LâHistoire de lâĆil, quâil Ă©crivit en 1926, dĂ©veloppa le thĂšme de ce fantasme morbido-sexuel. ConsidĂ©rant la corrida comme un rituel et reliant la tauromachie Ă son apprĂ©hension personnelle de lâunivers comme confrontation de forces, Bataille intellectualisa son aficion vers un mythe mithriaque quâil dĂ©veloppa brillamment dans son Soleil pourri. [modifier] De Mithra au MinautoreBataille Ă©tablit un parallĂšle entre Mithra dont le culte est Ă ce moment-lĂ dĂ©couvert et analysĂ© par lâanthropologie â toute nouvelle science â et la corrida. Culte qui permet de retrouver lâanimalitĂ©, le sexe, la transgression et le sacrifice. Dans ce texte fondamental paru dans le n°3 de Documents, en 1930, il Ă©voqua Mithra Ă propos de Picasso et de ses Minotaures. Le thĂšme du Minotaure situait la naissance de lâhomme Ă partir de lâanimalitĂ©. Il existait pour Bataille un lien profond entre les deux. Pour lui, afin de retrouver son caractĂšre sacrĂ© lâhomme devait replonger dans lâanimalitĂ©. Lâhomme se parait alors du prestige et lâinnocence de la bĂȘte. Son analyse alla-elle jusquâĂ influencer lâart de Picasso ? Câest possible. Puisque les historiens dâart ont identifiĂ© une iconographie mithraĂŻque dans la Crucifixion de Picasso, tableau qui date lui aussi de 1930. Trois ans plus tard, Picasso fit la premiĂšre de couverture de la revue Minotaure Ă©ditĂ©e par Bataille et lui prit au passage sa maĂźtresse Dora Maar, photographe surrĂ©aliste. [modifier] Du blasphĂšme de Sade au sacrĂ© de BatailleCe fut en cette annĂ©e 1950 que Georges Bataille publia LâAbbĂ© C.. Il dĂ©dicaça un exemplaire Ă Pierre Klossowski, Ă©minent spĂ©cialiste de Sade[10], en ces termes : « Ă Pierre, ce livre qui conserve ou exserve une affection qui compte essentiellement pour moi, Georges ». Dans les faits, il y a un parallĂšle Ă faire entre lâAbbĂ© C. de Bataille et le Dialogue entre un prĂȘtre et un moribond de Sade. Chez les deux auteurs le thĂšme central reste la transgression du sacrĂ©, du divin. Si pour Sade le Dialogue est lâune de ses affirmations les plus irrĂ©ductibles de son athĂ©isme, dans lâABC de Bataille, il y a la certitude que Dieu est mort (lâidĂ©e de Dieu, prĂ©cise Bernard NoĂ«l)[11] parce que nous savons bien que tout ce qui sâengage dans le temps est condamnĂ© Ă pĂ©rir. Ce qui fait dire Ă Jacques Lempert Ă propos des deux auteurs : « L'Ă©rotisme est le point nodal de toute leur vision du monde concentrant en ses feux toute la systĂ©matique d'une pensĂ©e profondĂ©ment originale ». Qu'on en juge : Sade rĂ©sume son Dialogue en cette formule Ă©clair : « Le prĂ©dicant devint un homme corrompu par la nature pour ne pas avoir su expliquer ce quâĂ©tait la nature corrompue », et pour Bataille, la chute de lâAbbĂ© C. se rĂ©sume ainsi : « Ătant prĂȘtre, il lui fut aisĂ© de devenir le monstre quâil Ă©tait. MĂȘme il nâeut pas dâautre issue. ». Mais que lâon ne sây trompe pas, alors que pour Sade profaner les reliques, les images de saints, lâhostie, le crucifix, ne devait pas plus importer aux yeux du philosophe que la dĂ©gradation dâune statue paĂŻenne, pour Bataille, le sacrĂ© reste immanence. Lors de ces fonctions de conservateur de lâInguimbertine, il rĂ©unit dâailleurs une importante collection dâex-voto, en particulier ceux de Saint Gens[12]. Pour Sade transgresser le sacrĂ© revient Ă cultiver le blasphĂšme, car, explique-t-il dans La Philosophie dans le boudoir : «Il est essentiel de prononcer des mots forts ou sales, dans lâivresse du plaisir, et ceux du blasphĂšme servent bien lâimagination. Il nây faut rien Ă©pargner ; il faut orner ces mots du plus grand luxe dâexpressions ; il faut quâils scandalisent le plus possible ; car il est trĂšs doux de scandaliser : il existe lĂ un petit triomphe pour lâorgueil qui nâest nullement Ă dĂ©daigner ». Bataille reste rĂ©solument Ă©tranger Ă ce type de jubilation mĂȘme si sa notion de sacrĂ© nâest pas celle des religions. Car, comme lâexplique Christian Limousin, lĂ oĂč le chrĂ©tien dĂ©finit le sacrĂ© comme un rapport homogĂ©nĂ©isant au divin, Bataille entend crachat, excrĂ©ment, rupture de lâidentitĂ©[13]. Sâil dĂ©tourne les mots, ouvre des concepts, il disjoint le sacrĂ© de la substance transcendante. Il explique dans LâexpĂ©rience intĂ©rieure : «Jâentends par expĂ©rience intĂ©rieure ce que dâhabitude on nomme expĂ©rience mystique : les Ă©tats dâextase, de ravissement, au moins dâĂ©motion mĂ©ditĂ©e » et quand, en 1947, MĂ©thode de mĂ©ditation recherche une dĂ©finition de lâopĂ©ration souveraine, «la moins inexacte image » lui semble ĂȘtre «lâextase des saints ». Si pour lui le sacrĂ© reste Ă la fois fascinant et repoussant, câest quâil est lâespace oĂč la violence peut et doit se dĂ©chaĂźner. Ce qui fait expliquer Ă son biographe, Jacques Lempert :
Pour Bataille « La transgression n'abolit pas l'interdit mais le dĂ©passe en le maintenant. L'Ă©rotisme est donc insĂ©parable du sacrilĂšge et ne peut exister hors d'une thĂ©matique du bien et du mal ». Et Lempert de conclure sur un mode badin : « Le dĂ©tour par le pĂ©chĂ© est essentiel Ă l'Ă©panouissement de l'Ă©rotisme : lĂ oĂč il n'y a pas de gĂȘne, il n'y a vraiment pas de plaisir ». [modifier] Une littĂ©rature de transgressionBataille eut un talent interdisciplinaire Ă©tonnant - il puisa dans des influences diverses et avait l'habitude d'utiliser divers modes de discours pour façonner son Ćuvre. Son roman L'Histoire de l'Ćil, par exemple, publiĂ© sous le pseudonyme « Lord Auch »[14], fut critiquĂ© initialement comme de la pure pornographie, mais l'interprĂ©tation de ce travail a graduellement mĂ»ri, rĂ©vĂ©lant alors une profondeur philosophique et Ă©motive considĂ©rable ; une caractĂ©ristique d'autres auteurs qui ont Ă©tĂ© classĂ©s dans la catĂ©gorie de la « littĂ©rature de transgression ». Le langage figurĂ© du roman repose ici sur une sĂ©rie de mĂ©taphores qui se rapportent Ă leur tour aux constructions philosophiques dĂ©veloppĂ©es dans son travail : l'Ćil, l'Ćuf, le soleil, la terre, le testicule. Bien que le rĂ©cit soit peut-ĂȘtre dans sa structure le plus "classique" des rĂ©cits de Bataille, reposant dans un crescendo menant Ă une scĂšne finale opĂ©rant une synthĂšse transgressive et poĂ©tique de l'ensemble des obsessions rencontrĂ©es dans le roman, cette premiĂšre Ćuvre marque dĂ©jĂ le gĂ©nie de l'auteur pour les mises en scĂšnes Ă©rotiques, et affirme son style. D'autres romans cĂ©lĂšbres incluent Ma mĂšre et Le bleu du ciel. Le bleu du ciel avec ses tendances nĂ©crophiles et politiques, ses nuances autobiographiques ou testimoniales, et ses moments philosophiques chamboulent L'histoire de l'Ćil, fournissant un traitement beaucoup plus sombre et morne de la rĂ©alitĂ© historique contemporaine. Ma mĂšre est un roman publiĂ© Ă titre posthume en 1966. Il fut plutĂŽt faussement considĂ©rĂ© comme inachevĂ©. En rĂ©alitĂ©, Bataille n'a pas fini le recopiage du manuscrit final, mais a accolĂ© deux manuscrits l'un aprĂšs l'autre (le manuscrit "vert" et le manuscrit "jaune") de sorte que le texte possĂ©de un dĂ©nouement et une fin acceptables, offrant une cohĂ©rence permettant le commentaire littĂ©raire. Ma mĂšre est un rĂ©cit sur l'inititation aux vices d'un fils par sa mĂšre. Loin d'ĂȘtre simplement un roman provoquant (avec le suggestion Ă©vidente de l'inceste), il reprĂ©sente plutĂŽt une synthĂšse des prĂ©occupations de Bataille durant l'ensemble de son Ćuvre alliĂ©e Ă la totale maturitĂ© de son style littĂ©raire. La genĂšse de Ma mĂšre tout comme son analyse mĂ©riterait un article Ă part. [modifier] Le fondateur de l'athĂ©ologieBataille Ă©tait Ă©galement un philosophe (bien qu'il ait renoncĂ© Ă ce titre), mais pour beaucoup, comme Sartre, ses prĂ©tentions philosophiques se bornent Ă un mysticisme athĂ©e. Pendant la deuxiĂšme guerre mondiale, influencĂ© par Heidegger, Hegel, et Nietzsche, il Ă©crit La Somme athĂ©ologique (le titre se rĂ©fĂšre Ă la Somme thĂ©ologique de Thomas d'Aquin) qui comporte ses travaux L'ExpĂ©rience intĂ©rieure, Le Coupable et Sur Nietzsche. AprĂšs la guerre il compose La Part maudite, et fonde l'influente revue Critique. Sa conception trĂšs particuliĂšre de la « souverainetĂ© » (qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme anti-souveraine) a Ă©tĂ© discutĂ©e par Jacques Derrida, Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy et d'autres. [modifier] L'Ă©rotisme face Ă la mortBataille jeta ainsi les bases de son Ćuvre Ă©rotique, de son Ă©rotisme qui est une : «ouverture entre les ouvertures pour accĂ©der tant soit peu au vide insaisissable de la mort », a commentĂ© Michel Leiris. LâĂ©rotisme de Sade ne lui ressemble en rien. Pierre Klossowski, lâa analysĂ© en ces termes : «La persĂ©vĂ©rance du Divin Marquis, toute sa vie durant, Ă nâĂ©tudier que les formes perverses de la nature humaine prouve quâune seule chose lui importait : la nĂ©cessitĂ© de rendre Ă lâhomme tout le mal quâil est capable de rendre ». Pour le Divin, la seule attitude face Ă la mort reste la recherche dâune ultime voluptĂ©. Câest du moins les phrases quâil met dans la bouche du moribond expliquant Ă son confesseur : «Renonce Ă lâidĂ©e dâun autre monde, il nây en a pas, mais ne renonce pas au plaisir dâĂȘtre heureux⊠Mon ami, la voluptĂ© fut toujours le plus cher de mes biens, le lâai encensĂ© toute ma vie, et jâai voulu la terminer dans ses bras ». Quant Ă Bataille, qui toute sa vie sâĂ©tait «dĂ©pensĂ© jusquâĂ toucher la mort Ă force de beuveries, de nuits blanches et de coucheries », il Ă©tait tout Ă fait hostile Ă cet ultime type de libertinage. Pour lui la rĂ©duction de lâĂȘtre humain Ă un corps source de plaisir physique refoulait, Ă lâinstar du christianisme, la dimension spirituelle de lâĂ©rotisme. Lui qui avait perdu la foi, en 1920, aprĂšs la lecture du Rire de Henri Bergson[15], lui qui avait Ă©crit le Rire de Nietzsche, lui dont le rire fĂȘlĂ© passait pour sarcastique, face Ă la camarde il privilĂ©gia avec une ironie noire un dernier Ă©clat de rire, ce rire, disait-il, qui prĂ©cipite «lâagonie de Dieu dans la nuit noire », persuadĂ© quâil Ă©tait que «dans le rire infini la forme divine fond comme du sucre dans lâeau »[16]. Alors que le maĂźtre de Lacoste nâenvisageait dâattendre sa fin que dans les dĂ©lices du stupre, le conservateur de lâInguimbertine se posait la question : «Qui pourrait supprimer la mort ? Je mets le feu au bois, les flammes du rire y pĂ©tillent »[17]. [modifier] Son dernier poste Ă OrlĂ©ansBataille est nommĂ© conservateur de la BibliothĂšque municipale dâOrlĂ©ans, oĂč il sâinstalle avec son Ă©pouse et leur fille en 1951. Si lâannĂ©e suivante, il est fait chevalier de la LĂ©gion dâhonneur, il va devoir attendre 1955[18] pour faire Ă©diter ses deux ouvrages sur lâhistoire de lâart : « La peinture prĂ©historique. Lascaux ou la naissance de lâart »[19] et « Manet ». Son artĂ©riosclĂ©rose cervicale le handicape de plus en plus. Gravement malade, il doit ĂȘtre hospitalisĂ© Ă deux reprises au cours de lâannĂ©e 1957. Mais il parvient Ă faire publier « Le bleu du ciel », quâil dĂ©die Ă AndrĂ© Masson, ainsi que « La littĂ©rature et le mal » et « LâĂrotisme », dĂ©diĂ©s Ă Michel Leiris. Un an plus tard, avec lâaide de Patrick Waldberg, Bataille tente de lancer la revue GenĂšse mais Maurice Girodias, lâĂ©diteur pressenti, annule leur projet. Alors quâil a de plus en plus de difficultĂ©s Ă travailler, il publie en 1959 « Le ProcĂšs de Gilles de Rais ». Souffrant en permanence, il parvint pourtant Ă finir en 1961 « Les Larmes dâĂros », le dernier livre quâil verra Ă©diter. MutĂ© Ă la BibliothĂšque nationale, il quitte OrlĂ©ans mais ne peut prendre ses fonctions. Il dĂ©cĂšde Ă Paris, le 8 juillet 1962, et est inhumĂ© Ă VĂ©zelay. [modifier] MĂ©prisĂ© par Breton, dĂ©testĂ© par SartreGeorges Bataille estimant que le surrĂ©alisme, sous la houlette dâAndrĂ© Breton, restait bien trop hĂ©gĂ©lien et trahissait le rĂ©el « dans son immĂ©diatetĂ© pour un surrĂ©el rĂȘvĂ© sur la base dâune Ă©lĂ©vation dâesprit »[20] avait fondĂ© en 1929 une revue anti-surrĂ©aliste, Documents, Ă laquelle contribuĂšrent des peintres, des Ă©crivains, des historiens dâart et des ethnologues en quĂȘte des «traces dâun refoulĂ© sur lequel se sont Ă©difiĂ©es la culture et la rationalitĂ© occidentales »[21]. Parmi les collaborateurs de Documents on relĂšve les noms des plus grands artistes, poĂštes et intellectuels de lâĂ©poque, dont Juan MirĂł, Picasso, Giacometti, Arp et AndrĂ© Masson, ainsi que des Ă©crivains comme Michel Leiris et Robert Desnos et des photographes comme Jacques-AndrĂ© Boiffard et Karl Blossfeldt. Pour parfaire le tout, Bataille estima que Breton et les surrĂ©alistes faisaient de Sade, « ce dĂ©pensier de langage »[22], un usage bien futile. Dans son Second manifeste du surrĂ©alisme, Breton montra l'exaspĂ©ration qu'il Ă©prouvait Ă son Ă©gard. Bataille y est prĂ©sentĂ© comme un malade atteint de « dĂ©ficit conscient Ă forme gĂ©nĂ©ralisatrice », un « psychastĂ©nique » qui se meut avec dĂ©lectation dans un univers « souillĂ©, sĂ©nile, rance, sordide, Ă©grillard, gĂąteux ». Sartre le prit pour cible quinze ans plus tard dans un article au titre ironique, « Un nouveau mystique »[23], qui fait suite Ă la parution du premier ouvrage signĂ© du nom de Bataille, L'ExpĂ©rience intĂ©rieure. Il est successivement qualifiĂ© de « passionnĂ© », de « paranoĂŻaque » et de « fou ». Le philosophe lui suggĂ©rait un traitement Ă la fin de l'article : « Le reste est affaire de la psychanalyse ». [modifier] EncensĂ© par FoucaultEn 1970, lors de la parution aux Ăditions Gallimard du premier volume de ses Ćuvres complĂštes, dans sa prĂ©face Michel Foucault Ă©crivit : « On le sait aujourdâhui : Bataille est un des Ă©crivains les plus importants de son siĂšcle »[24]. [modifier] Bibliographie[modifier] Principaux ouvrages
[modifier] RevuesBataille a joué un rÎle majeur (et occupé une place croissante) au sein des revues suivantes :
[modifier] Ătudes[modifier] Etudes biographiques
[modifier] Divers
[modifier] Notes
[modifier] Voir aussi[modifier] Liens internes[modifier] Liens externes
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