Georges Bataille

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Georges Bataille
Pseudonyme Lord Auch, Pierre Angélique et Louis Trente.
Naissance 10 septembre 1897 Ă  Billom
DĂ©cĂšs 8 juillet 1962 Ă  Paris
Activité Chartiste et conservateur de bibliothÚque
Nationalité France Française
Genre roman
Sujet(s) sacré et érotisme
Mouvement surréaliste puis anti-surréaliste
Influences Martin Heidegger, Hegel, Léon Chestov et Nietzsche
A influencé Picasso, Michel Leiris, Pierre Klossowski, Michel Foucault, Philippe Sollers et Jacques Derrida
ƒuvres principales Histoire de l'Ɠil, Madame Edwarda, L'AbbĂ© C., La Peinture prĂ©historique. Lascaux ou la naissance de l'art, Ma mĂšre.
Éditeurs Gallimard, "BibliothĂšque de la PlĂ©iade".

Georges Bataille, nĂ© le 10 septembre 1897 Ă  Billom (Puy-de-DĂŽme), mort le 8 juillet 1962 Ă  Paris, est un Ă©crivain français. Multiforme, son Ɠuvre s'aventure Ă  la fois dans les champs de la littĂ©rature, l'anthropologie, la philosophie, l'Ă©conomie, la sociologie et l'histoire de l'art. Érotisme et transgression sont les deux termes les plus communĂ©ment attachĂ©s Ă  son nom.

Sommaire

[modifier] Biographie

DeuxiĂšme fils d’un pĂšre syphilitique et aveugle, sa famille s’installe en Champagne, en 1901, ce qui permet au jeune garçon de commencer ses Ă©tudes Ă  Reims puis Ă  Épernay.

[modifier] Le choc de la premiĂšre guerre mondiale

Reims Ă©tant menacĂ©e par l’artillerie allemande, dĂšs 1914, laissant son Ă©poux sur place, sa mĂšre fuit en compagnie de ses deux garçons pour se rĂ©fugier dans sa famille Ă  Riom-Ăšs-Montagnes. LĂ , Georges peut continuer ses Ă©tudes et dĂ©cide que « son affaire en ce monde est d’écrire, en particulier d’élaborer une philosophie paradoxale Â».

Un an plus tard, il passe avec succĂšs son baccalaurĂ©at. Cette mĂȘme annĂ©e, son pĂšre meurt. Le jeune homme en est d’autant plus culpabilisĂ©, que sa mĂšre lui a interdit d’aller le rejoindre. MobilisĂ© en 1916, il est rapidement rendu Ă  la vie civile pour insuffisance pulmonaire.

Alors qu’il avait Ă©tĂ© Ă©levĂ© hors de toute religion, ses parents Ă©tant athĂ©es, il se convertit au catholicisme en 1917 et entre au grand sĂ©minaire de Saint-Flour afin de devenir prĂȘtre. Mais sa passion pour le Moyen-Âge reste la plus forte. L’annĂ©e suivante, il abandonne toute idĂ©e de vocation religieuse aprĂšs avoir Ă©tĂ© admis Ă  l’École des Chartes. Il s’installe Ă  Paris oĂč il se lie d’amitiĂ© avec AndrĂ© Masson. C’est en cette annĂ©e 1918, qu’il publie un opuscule de six pages : « Notre-Dame de Rheims Â», cĂ©lĂ©brant la cathĂ©drale qui venait d’ĂȘtre presque entiĂšrement dĂ©truite par les bombardements[1].

[modifier] De Bergson Ă  Freud en passant par Nietzsche

En 1920, alors qu’il sĂ©journe Ă  Londres, il rencontre Henri Bergson. Le philosophe l’invite Ă  dĂźner chez lui et lui propose la lecture du « Rire Â». Celle-ci le laissera sur sa faim mais dĂ©jĂ  Bataille considĂšre ce phĂ©nomĂšne typiquement humain comme essentiel.

AprĂšs avoir rompu avec le catholicisme lors d’une visite Ă  l’abbaye de Quarr, sur l’üle de Wight, il revient Ă  Paris soutenir avec succĂšs sa thĂšse sur « L’Ordre de chevalerie, conte en vers du XIIIe siĂšcle Â», et il est diplĂŽmĂ© archiviste-palĂ©ographe de l’École des Chartes en 1922. Il part alors en stage Ă  Madrid, oĂč il rejoint l’École des hautes Ă©tudes hispaniques[2].

AttirĂ© par les corridas, il frĂ©quente les arĂšnes de Madrid. Au cours de l’une de celle-ci, il assiste Ă  la mort de Manuel Granero, le torero ayant d’abord Ă©tĂ© Ă©nucléé par les cornes du taureau qui s’acharna sur lui jusqu’à lui rĂ©duire le crĂąne en bouillie. Bataille en sort trĂšs marquĂ©, n’oubliant jamais cette scĂšne oĂč s’étaient, pour lui, croisĂ©es mort et sexualitĂ©.

De retour en France, il est nommĂ© bibliothĂ©caire stagiaire et commence sa carriĂšre Ă  la BibliothĂšque nationale. Il dĂ©couvre alors l’Ɠuvre de Friedrich Nietzsche et ses thĂ©ories sur la mort de Dieu et l’apparition au crĂ©puscule de la civilisation occidentale. C’est en 1923, qu’il lit Freud et rencontre rĂ©guliĂšrement LĂ©on Chestov. Ensemble, ils vont traduire en français son livre l’« IdĂ©e de bien chez TolstoĂŻ et Nietzsche Â»[3]. Tout comme le philosophe allemand, le philosophe russe a une influence trĂšs profonde sur Bataille.

[modifier] Sa rencontre avec Michel Leiris

C’est en 1924 qu’il est nommĂ© bibliothĂ©caire au DĂ©partement des MĂ©dailles de la BibliothĂšque nationale. S’il se plonge dans le premier « Manifeste du surrĂ©alisme Â» qu’il trouve « illisible Â», cette annĂ©e est surtout marquĂ©e par sa rencontre avec Michel Leiris. Ce denier a dĂ©crit leur premier rendez-vous :

« Cela se passa dans un endroit trĂšs tranquille et trĂšs bourgeois tout proche de l’ÉlysĂ©e, le cafĂ© Marigny, un soir de je ne sais plus quelle saison (mais sans doute pas l’étĂ© car je crois que Bataille portait, outre un chapeau de feutre gris, un pardessus de ville Ă  chevrons noirs et blancs). Â»

TrĂšs rapidement les deux hommes se lient d’amitiĂ© et Leiris confie :

« J’admirais non seulement sa culture beaucoup plus Ă©tendue et diverse que la mienne, mais son esprit non conformiste marquĂ© par ce qu’on n’était pas encore convenu de nommer l’humour noir. J’étais sensible aussi aux dehors mĂȘmes du personnage qui, plutĂŽt maigre et d’allure Ă  la fois dans le siĂšcle et romantique, possĂ©dait (en plus juvĂ©nile bien sĂ»r et avec une moindre discrĂ©tion) l’élĂ©gance dont il ne se dĂ©partirait jamais, lors mĂȘme que son maintien alourdi lui aurait donnĂ© cet air quelque peu paysan que la plupart ont connu, Ă©lĂ©gance tout en profondeur et qui se manifestait sans aucun vain dĂ©ploiement de faste vestimentaire. À ses yeux assez rapprochĂ©s et enfoncĂ©s, riches de tout le bleu du ciel, s’alliait sa curieuse dentition de bĂȘte des bois, frĂ©quemment dĂ©couverte par un rire que (peut-ĂȘtre Ă  tort) je jugeais sarcastique. Â»

[modifier] L'engagement politique et antifasciste

Au début des années 1930, Bataille est membre du Cercle communiste démocratique fondé et dirigé par Boris Souvarine, il écrit dans sa revue La Critique sociale.

Dans ce contexte, en marge des Ligues et du Front populaire, Bataille fonde le mouvement Contre-attaque qu'il dirige dans ses grandes lignes thĂ©oriques. La fracture entre lui et AndrĂ© Breton est dĂ©clarĂ©e. En effet, le « pape du surrĂ©alisme Â» dut ĂȘtre dĂ©rangĂ© par l'importance et le crĂ©dit nouvellement accordĂ© Ă  une ancienne victime de la politique d'ostracisme qu'il avait appliquĂ©e jusqu'alors Ă  ses « troupes Â» surrĂ©alistes.

[modifier] Le CollĂšge de Sociologie

Fondateur de plusieurs revues (dont en 1946, la revue Critique plus tard dirigĂ©e par son ami Jean Piel) et groupes d'Ă©crivains, il est l'auteur d'une Ɠuvre abondante et trĂšs diverse, publiĂ©e en partie sous pseudonyme : rĂ©cits, poĂšmes, essais sur d'innombrables sujets[4]. Il dĂ©bat ainsi au sein du CollĂšge de sociologie (1937-1939) avec les ethnologues Roger Caillois, Michel Leiris et Anatole Lewitzki. Relativement peu connu de son vivant, il exercera aprĂšs sa mort une influence considĂ©rable sur des auteurs tels que Michel Foucault, Philippe Sollers ou Jacques Derrida.

L'entrée de la BibliothÚque Inguimbertine de Carpentras
L'entrée de la BibliothÚque Inguimbertine de Carpentras

[modifier] Le conservateur de l'Ingimbertine de Carpentras

Ce fut en 1949 que Bataille reçut sa nomination de conservateur Ă  la BibliothĂšque Inguimbertine de Carpentras. Il arriva dans la capitale du Comtat Venaissin en compagnie de sa jeune Ă©pouse Diane et de Julie, leur petite fille. Le chartiste, qui avait fait toute sa carriĂšre Ă  la BibliothĂšque Nationale, Ă©tait en disponibilitĂ© depuis sept ans Ă  cause d’une tuberculose. Son mariage en 1946 avec Diane Kotchoubey de Beauharnais[5] puis la naissance, trois ans plus tard, de Julie, lui avait imposĂ©, bon grĂ© mal grĂ©, de reprendre du service.

[modifier] Rencontre avec René Char et Albert Camus

ArrivĂ© sur place, Bataille invita Ă  une rencontre mĂ©morable ses amis Albert Camus et RenĂ© Char, qui dirigaient la revue EmpĂ©docle, ils arrivĂšrent avec leur cofondateur Albert BĂ©guin ainsi que Jacques Dupin, secrĂ©taire de rĂ©daction de la revue, avec lequel il se lia d’amitiĂ©. Il y publiera Comment dire ?[6]. Cette mĂȘme annĂ©e, il rencontra Francis Ponge, AndrĂ© FrĂ©naud, Georges SchĂ©hadĂ© et Georges Braque.

[modifier] L'écriture et l'engagement de l'écrivain

Au cours de l’annĂ©e 1950, ses rencontres avec RenĂ© Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue, dĂ©bouchĂšrent sur une estime et une amitiĂ© sincĂšres. Peu aprĂšs le lancement de la revue Critique que dirigeait Bataille, le poĂšte lui avait Ă©crit : «Toute une rĂ©gion majeure de l’homme dĂ©pend aujourd’hui de vous Â».

Les discussions entre les deux hommes incitĂšrent RenĂ© Char Ă  poser, en mai de cette annĂ©e, dans sa revue EmpĂ©docle, cette question piĂšge : « Y a-t-il des incompatibilitĂ©s ? Â» Attendait-il une rĂ©ponse de la part des Ă©crivains et Ă  des intellectuels sans prĂ©juger du ou des sujets abordĂ©s ou, avant tout, espĂ©rait-il la contribution de Georges Bataille ? Il ne fut pas déçu.

Elle fut des plus ambitieuses en abordant le problĂšme de l’action opposĂ©e au langage, celui du langage comme mode de l’action qui entraĂźne l’écrivain vers une remise en cause de sa position : « Y a-t-il des incompatibilitĂ©s entre l’écriture et l’engagement ? Â».

Cette analyse, Ă  une Ă©poque oĂč l'existentialiste de Sartre pesait de tout son poids, l'entraĂźna dans la dissection d’un monde en mutation et des rapports de l’intellectuel au pouvoir, questions aussi essentielles qu’intemporelles[7].

[modifier] La fascination de la cruauté

Le cruel face Ă  face entre toro et torero
Le cruel face Ă  face entre toro et torero

FascinĂ© par le rituel de sacrifice humain de maniĂšre presque pathologique, il s'amusait dans les cafĂ©s parisiens Ă  montrer les photographies de ces sacrifices aux personnes venant s'attabler. Cette fascination l'amena Ă  fonder AcĂ©phale, une revue d'inspiration nietzschĂ©enne mais aussi une sociĂ©tĂ© secrĂšte visant Ă  crĂ©er « la communautĂ© de ceux qui n'ont pas de communautĂ© Â».

Ce fut en 1950 qu'il assista aux corridas[8] de NĂźmes, accueilli par AndrĂ© Castel, un bibliophile, grand aficionado et Ɠnologue nĂźmois dont son ami Michel Leiris[9] avait fait la connaissance en 1938. Outre Georges Bataille, le couple Leiris entraĂźnait chez Castel Jean Dubuffet, AndrĂ© Masson, Jean Paulhan et Blaise Cendrars, Jean Cocteau et ses riches amies mais aussi Pablo Picasso.

Le NĂźmois, que tous appellent Don Misterio, les recevait dans la cour de son laboratoire d’Ɠnologie, parmi des toreros cĂ©lĂšbres, des danseuses et des chanteurs de flamenco. En dĂ©pit de l’épisode Dora Maar, les relations entre Bataille et Picasso n’avaient que peu souffert. Celui-ci arrivait avec sa compagne Françoise Gilot, qui avait remplacĂ© la cĂ©lĂšbre photographe, et le couple Georges-Diane filait le parfait amour. De plus, leur passion taurine gommait tout.

L’Histoire de l’Ɠil, qu’il Ă©crivit en 1926, dĂ©veloppa le thĂšme de ce fantasme morbido-sexuel. ConsidĂ©rant la corrida comme un rituel et reliant la tauromachie Ă  son apprĂ©hension personnelle de l’univers comme confrontation de forces, Bataille intellectualisa son aficion vers un mythe mithriaque qu’il dĂ©veloppa brillamment dans son Soleil pourri.

Le Minotaure sacrifié par Thésée. Bronze d'Antoine-Louis Barye (Louvre)
Le Minotaure sacrifié par Thésée.
Bronze d'Antoine-Louis Barye (Louvre)

[modifier] De Mithra au Minautore

Bataille Ă©tablit un parallĂšle entre Mithra dont le culte est Ă  ce moment-lĂ  dĂ©couvert et analysĂ© par l’anthropologie – toute nouvelle science – et la corrida. Culte qui permet de retrouver l’animalitĂ©, le sexe, la transgression et le sacrifice. Dans ce texte fondamental paru dans le n°3 de Documents, en 1930, il Ă©voqua Mithra Ă  propos de Picasso et de ses Minotaures.

Le thĂšme du Minotaure situait la naissance de l’homme Ă  partir de l’animalitĂ©. Il existait pour Bataille un lien profond entre les deux. Pour lui, afin de retrouver son caractĂšre sacrĂ© l’homme devait replonger dans l’animalitĂ©. L’homme se parait alors du prestige et l’innocence de la bĂȘte.

Son analyse alla-elle jusqu’à influencer l’art de Picasso ? C’est possible. Puisque les historiens d’art ont identifiĂ© une iconographie mithraĂŻque dans la Crucifixion de Picasso, tableau qui date lui aussi de 1930. Trois ans plus tard, Picasso fit la premiĂšre de couverture de la revue Minotaure Ă©ditĂ©e par Bataille et lui prit au passage sa maĂźtresse Dora Maar, photographe surrĂ©aliste.

[modifier] Du blasphÚme de Sade au sacré de Bataille

Ce fut en cette annĂ©e 1950 que Georges Bataille publia L’AbbĂ© C.. Il dĂ©dicaça un exemplaire Ă  Pierre Klossowski, Ă©minent spĂ©cialiste de Sade[10], en ces termes : « Ă€ Pierre, ce livre qui conserve ou exserve une affection qui compte essentiellement pour moi, Georges Â».

Dans les faits, il y a un parallĂšle Ă  faire entre l’AbbĂ© C. de Bataille et le Dialogue entre un prĂȘtre et un moribond de Sade. Chez les deux auteurs le thĂšme central reste la transgression du sacrĂ©, du divin. Si pour Sade le Dialogue est l’une de ses affirmations les plus irrĂ©ductibles de son athĂ©isme, dans l’ABC de Bataille, il y a la certitude que Dieu est mort (l’idĂ©e de Dieu, prĂ©cise Bernard NoĂ«l)[11] parce que nous savons bien que tout ce qui s’engage dans le temps est condamnĂ© Ă  pĂ©rir.

Le grand saint Gensintercesseur de la pluie et du beau temps
Le grand saint Gens
intercesseur de la pluie et du beau temps
Détail de L'Enfer (volet de droite du triptyque du Jardin des Délices
Détail de L'Enfer (volet de droite du triptyque du Jardin des Délices

Ce qui fait dire Ă  Jacques Lempert Ă  propos des deux auteurs : « L'Ă©rotisme est le point nodal de toute leur vision du monde concentrant en ses feux toute la systĂ©matique d'une pensĂ©e profondĂ©ment originale Â».

Qu'on en juge : Sade rĂ©sume son Dialogue en cette formule Ă©clair : « Le prĂ©dicant devint un homme corrompu par la nature pour ne pas avoir su expliquer ce qu’était la nature corrompue Â», et pour Bataille, la chute de l’AbbĂ© C. se rĂ©sume ainsi : « Ă‰tant prĂȘtre, il lui fut aisĂ© de devenir le monstre qu’il Ă©tait. MĂȘme il n’eut pas d’autre issue. Â».

Mais que l’on ne s’y trompe pas, alors que pour Sade profaner les reliques, les images de saints, l’hostie, le crucifix, ne devait pas plus importer aux yeux du philosophe que la dĂ©gradation d’une statue paĂŻenne, pour Bataille, le sacrĂ© reste immanence. Lors de ces fonctions de conservateur de l’Inguimbertine, il rĂ©unit d’ailleurs une importante collection d’ex-voto, en particulier ceux de Saint Gens[12].

Pour Sade transgresser le sacrĂ© revient Ă  cultiver le blasphĂšme, car, explique-t-il dans La Philosophie dans le boudoir : «Il est essentiel de prononcer des mots forts ou sales, dans l’ivresse du plaisir, et ceux du blasphĂšme servent bien l’imagination. Il n’y faut rien Ă©pargner ; il faut orner ces mots du plus grand luxe d’expressions ; il faut qu’ils scandalisent le plus possible ; car il est trĂšs doux de scandaliser : il existe lĂ  un petit triomphe pour l’orgueil qui n’est nullement Ă  dĂ©daigner Â».

Bataille reste rĂ©solument Ă©tranger Ă  ce type de jubilation mĂȘme si sa notion de sacrĂ© n’est pas celle des religions. Car, comme l’explique Christian Limousin, lĂ  oĂč le chrĂ©tien dĂ©finit le sacrĂ© comme un rapport homogĂ©nĂ©isant au divin, Bataille entend crachat, excrĂ©ment, rupture de l’identitĂ©[13]. S’il dĂ©tourne les mots, ouvre des concepts, il disjoint le sacrĂ© de la substance transcendante. Il explique dans L’expĂ©rience intĂ©rieure : «J’entends par expĂ©rience intĂ©rieure ce que d’habitude on nomme expĂ©rience mystique : les Ă©tats d’extase, de ravissement, au moins d’émotion mĂ©ditĂ©e Â» et quand, en 1947, MĂ©thode de mĂ©ditation recherche une dĂ©finition de l’opĂ©ration souveraine, «la moins inexacte image Â» lui semble ĂȘtre «l’extase des saints Â». Si pour lui le sacrĂ© reste Ă  la fois fascinant et repoussant, c’est qu’il est l’espace oĂč la violence peut et doit se dĂ©chaĂźner. Ce qui fait expliquer Ă  son biographe, Jacques Lempert :

« L'Ă©rotisme est perversitĂ© au sens Ă©tymologique du terme : il tourne le vice en vertu, devinant que ce qui Ă©tait dĂ©fendu est en fait dĂ©licieux. Et plus le tabou est ressenti comme pesant, plus sa transgression sera dĂ©licieuse. Â»

Pour Bataille « La transgression n'abolit pas l'interdit mais le dĂ©passe en le maintenant. L'Ă©rotisme est donc insĂ©parable du sacrilĂšge et ne peut exister hors d'une thĂ©matique du bien et du mal Â». Et Lempert de conclure sur un mode badin : « Le dĂ©tour par le pĂ©chĂ© est essentiel Ă  l'Ă©panouissement de l'Ă©rotisme : lĂ  oĂč il n'y a pas de gĂȘne, il n'y a vraiment pas de plaisir Â».

[modifier] Une littérature de transgression

Bataille eut un talent interdisciplinaire Ă©tonnant - il puisa dans des influences diverses et avait l'habitude d'utiliser divers modes de discours pour façonner son Ɠuvre. Son roman L'Histoire de l'Ɠil, par exemple, publiĂ© sous le pseudonyme « Lord Auch Â»[14], fut critiquĂ© initialement comme de la pure pornographie, mais l'interprĂ©tation de ce travail a graduellement mĂ»ri, rĂ©vĂ©lant alors une profondeur philosophique et Ă©motive considĂ©rable ; une caractĂ©ristique d'autres auteurs qui ont Ă©tĂ© classĂ©s dans la catĂ©gorie de la « littĂ©rature de transgression Â». Le langage figurĂ© du roman repose ici sur une sĂ©rie de mĂ©taphores qui se rapportent Ă  leur tour aux constructions philosophiques dĂ©veloppĂ©es dans son travail : l'Ɠil, l'Ɠuf, le soleil, la terre, le testicule. Bien que le rĂ©cit soit peut-ĂȘtre dans sa structure le plus "classique" des rĂ©cits de Bataille, reposant dans un crescendo menant Ă  une scĂšne finale opĂ©rant une synthĂšse transgressive et poĂ©tique de l'ensemble des obsessions rencontrĂ©es dans le roman, cette premiĂšre Ɠuvre marque dĂ©jĂ  le gĂ©nie de l'auteur pour les mises en scĂšnes Ă©rotiques, et affirme son style.

D'autres romans cĂ©lĂšbres incluent Ma mĂšre et Le bleu du ciel. Le bleu du ciel avec ses tendances nĂ©crophiles et politiques, ses nuances autobiographiques ou testimoniales, et ses moments philosophiques chamboulent L'histoire de l'Ɠil, fournissant un traitement beaucoup plus sombre et morne de la rĂ©alitĂ© historique contemporaine. Ma mĂšre est un roman publiĂ© Ă  titre posthume en 1966. Il fut plutĂŽt faussement considĂ©rĂ© comme inachevĂ©. En rĂ©alitĂ©, Bataille n'a pas fini le recopiage du manuscrit final, mais a accolĂ© deux manuscrits l'un aprĂšs l'autre (le manuscrit "vert" et le manuscrit "jaune") de sorte que le texte possĂ©de un dĂ©nouement et une fin acceptables, offrant une cohĂ©rence permettant le commentaire littĂ©raire. Ma mĂšre est un rĂ©cit sur l'inititation aux vices d'un fils par sa mĂšre. Loin d'ĂȘtre simplement un roman provoquant (avec le suggestion Ă©vidente de l'inceste), il reprĂ©sente plutĂŽt une synthĂšse des prĂ©occupations de Bataille durant l'ensemble de son Ɠuvre alliĂ©e Ă  la totale maturitĂ© de son style littĂ©raire. La genĂšse de Ma mĂšre tout comme son analyse mĂ©riterait un article Ă  part.

[modifier] Le fondateur de l'athéologie

Bataille Ă©tait Ă©galement un philosophe (bien qu'il ait renoncĂ© Ă  ce titre), mais pour beaucoup, comme Sartre, ses prĂ©tentions philosophiques se bornent Ă  un mysticisme athĂ©e. Pendant la deuxiĂšme guerre mondiale, influencĂ© par Heidegger, Hegel, et Nietzsche, il Ă©crit La Somme athĂ©ologique (le titre se rĂ©fĂšre Ă  la Somme thĂ©ologique de Thomas d'Aquin) qui comporte ses travaux L'ExpĂ©rience intĂ©rieure, Le Coupable et Sur Nietzsche. AprĂšs la guerre il compose La Part maudite, et fonde l'influente revue Critique. Sa conception trĂšs particuliĂšre de la « souverainetĂ© Â» (qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme anti-souveraine) a Ă©tĂ© discutĂ©e par Jacques Derrida, Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy et d'autres.

[modifier] L'érotisme face à la mort

Bataille jeta ainsi les bases de son Ɠuvre Ă©rotique, de son Ă©rotisme qui est une : «ouverture entre les ouvertures pour accĂ©der tant soit peu au vide insaisissable de la mort Â», a commentĂ© Michel Leiris. L’érotisme de Sade ne lui ressemble en rien. Pierre Klossowski, l’a analysĂ© en ces termes : «La persĂ©vĂ©rance du Divin Marquis, toute sa vie durant, Ă  n’étudier que les formes perverses de la nature humaine prouve qu’une seule chose lui importait : la nĂ©cessitĂ© de rendre Ă  l’homme tout le mal qu’il est capable de rendre Â».

Pour le Divin, la seule attitude face Ă  la mort reste la recherche d’une ultime voluptĂ©. C’est du moins les phrases qu’il met dans la bouche du moribond expliquant Ă  son confesseur : «Renonce Ă  l’idĂ©e d’un autre monde, il n’y en a pas, mais ne renonce pas au plaisir d’ĂȘtre heureux
 Mon ami, la voluptĂ© fut toujours le plus cher de mes biens, le l’ai encensĂ© toute ma vie, et j’ai voulu la terminer dans ses bras Â».

Quant Ă  Bataille, qui toute sa vie s’était «dĂ©pensĂ© jusqu’à toucher la mort Ă  force de beuveries, de nuits blanches et de coucheries Â», il Ă©tait tout Ă  fait hostile Ă  cet ultime type de libertinage. Pour lui la rĂ©duction de l’ĂȘtre humain Ă  un corps source de plaisir physique refoulait, Ă  l’instar du christianisme, la dimension spirituelle de l’érotisme. Lui qui avait perdu la foi, en 1920, aprĂšs la lecture du Rire de Henri Bergson[15], lui qui avait Ă©crit le Rire de Nietzsche, lui dont le rire fĂȘlĂ© passait pour sarcastique, face Ă  la camarde il privilĂ©gia avec une ironie noire un dernier Ă©clat de rire, ce rire, disait-il, qui prĂ©cipite «l’agonie de Dieu dans la nuit noire Â», persuadĂ© qu’il Ă©tait que «dans le rire infini la forme divine fond comme du sucre dans l’eau Â»[16]. Alors que le maĂźtre de Lacoste n’envisageait d’attendre sa fin que dans les dĂ©lices du stupre, le conservateur de l’Inguimbertine se posait la question : «Qui pourrait supprimer la mort ? Je mets le feu au bois, les flammes du rire y pĂ©tillent Â»[17].

[modifier] Son dernier poste à Orléans

Bison et sorcier ithyphallique
Bison et sorcier ithyphallique

Bataille est nommĂ© conservateur de la BibliothĂšque municipale d’OrlĂ©ans, oĂč il s’installe avec son Ă©pouse et leur fille en 1951. Si l’annĂ©e suivante, il est fait chevalier de la LĂ©gion d’honneur, il va devoir attendre 1955[18] pour faire Ă©diter ses deux ouvrages sur l’histoire de l’art : « La peinture prĂ©historique. Lascaux ou la naissance de l’art Â»[19] et « Manet Â». Son artĂ©riosclĂ©rose cervicale le handicape de plus en plus.

Gravement malade, il doit ĂȘtre hospitalisĂ© Ă  deux reprises au cours de l’annĂ©e 1957. Mais il parvient Ă  faire publier « Le bleu du ciel Â», qu’il dĂ©die Ă  AndrĂ© Masson, ainsi que « La littĂ©rature et le mal Â» et « L’Érotisme Â», dĂ©diĂ©s Ă  Michel Leiris. Un an plus tard, avec l’aide de Patrick Waldberg, Bataille tente de lancer la revue GenĂšse mais Maurice Girodias, l’éditeur pressenti, annule leur projet.

Alors qu’il a de plus en plus de difficultĂ©s Ă  travailler, il publie en 1959 « Le ProcĂšs de Gilles de Rais Â». Souffrant en permanence, il parvint pourtant Ă  finir en 1961 « Les Larmes d’Éros Â», le dernier livre qu’il verra Ă©diter. MutĂ© Ă  la BibliothĂšque nationale, il quitte OrlĂ©ans mais ne peut prendre ses fonctions. Il dĂ©cĂšde Ă  Paris, le 8 juillet 1962, et est inhumĂ© Ă  VĂ©zelay.

[modifier] Méprisé par Breton, détesté par Sartre

Georges Bataille estimant que le surrĂ©alisme, sous la houlette d’AndrĂ© Breton, restait bien trop hĂ©gĂ©lien et trahissait le rĂ©el « dans son immĂ©diatetĂ© pour un surrĂ©el rĂȘvĂ© sur la base d’une Ă©lĂ©vation d’esprit Â»[20] avait fondĂ© en 1929 une revue anti-surrĂ©aliste, Documents, Ă  laquelle contribuĂšrent des peintres, des Ă©crivains, des historiens d’art et des ethnologues en quĂȘte des «traces d’un refoulĂ© sur lequel se sont Ă©difiĂ©es la culture et la rationalitĂ© occidentales Â»[21]. Parmi les collaborateurs de Documents on relĂšve les noms des plus grands artistes, poĂštes et intellectuels de l’époque, dont Juan MirĂł, Picasso, Giacometti, Arp et AndrĂ© Masson, ainsi que des Ă©crivains comme Michel Leiris et Robert Desnos et des photographes comme Jacques-AndrĂ© Boiffard et Karl Blossfeldt.

Pour parfaire le tout, Bataille estima que Breton et les surrĂ©alistes faisaient de Sade, « ce dĂ©pensier de langage Â»[22], un usage bien futile.

Dans son Second manifeste du surrĂ©alisme, Breton montra l'exaspĂ©ration qu'il Ă©prouvait Ă  son Ă©gard. Bataille y est prĂ©sentĂ© comme un malade atteint de « dĂ©ficit conscient Ă  forme gĂ©nĂ©ralisatrice Â», un « psychastĂ©nique Â» qui se meut avec dĂ©lectation dans un univers « souillĂ©, sĂ©nile, rance, sordide, Ă©grillard, gĂąteux Â».

Sartre le prit pour cible quinze ans plus tard dans un article au titre ironique, « Un nouveau mystique Â»[23], qui fait suite Ă  la parution du premier ouvrage signĂ© du nom de Bataille, L'ExpĂ©rience intĂ©rieure. Il est successivement qualifiĂ© de « passionnĂ© Â», de « paranoĂŻaque Â» et de « fou Â». Le philosophe lui suggĂ©rait un traitement Ă  la fin de l'article : « Le reste est affaire de la psychanalyse Â».

[modifier] Encensé par Foucault

En 1970, lors de la parution aux Éditions Gallimard du premier volume de ses Ɠuvres complĂštes, dans sa prĂ©face Michel Foucault Ă©crivit : « On le sait aujourd’hui : Bataille est un des Ă©crivains les plus importants de son siĂšcle Â»[24].

[modifier] Bibliographie

[modifier] Principaux ouvrages

  • Histoire de l'Ɠil, 1928 (sous le pseudonyme de Lord Auch).
  • Madame Edwarda, 1937 (sous le pseudonyme de Pierre AngĂ©lique).
  • L'ExpĂ©rience intĂ©rieure, 1943.
  • Le Petit (sous le pseudonyme de Louis Trente), 1943.
  • Le Coupable, 1943.
  • La Part maudite, 1949.
  • L'AbbĂ© C., 1950.
  • La Peinture prĂ©historique. Lascaux ou la naissance de l'art, 1955[25].
  • Le Bleu du ciel, 1957 (Ă©crit en 1935).
  • L'Érotisme, 1957.
  • La LittĂ©rature et le Mal, 1957.
  • Les Larmes d'Éros, 1961 (oĂč est notamment Ă©voquĂ© le supplice du lingchi ou "cent morceaux"; les informations sur l'origine des photographies, et le degrĂ© d'authenticitĂ© de leur interprĂ©tation sont sujets Ă  caution[26].
  • L'Impossible, 1962 (premiĂšre parution en 1947 sous le titre La haine de la poĂ©sie)
  • Ma mĂšre, 1966 (posthume et inachevĂ©).
  • ƒuvres complĂštes. Paris, Gallimard, XII volumes, 1970-1988.
  • Romans et rĂ©cits. PrĂ©face de Denis Hollier. Édition publiĂ©e sous la direction de Jean-François Louette. Gallimard, "BibliothĂšque de la PlĂ©iade", 2004.

[modifier] Revues

La revue Acéphale
La revue Acéphale

Bataille a jouĂ© un rĂŽle majeur (et occupĂ© une place croissante) au sein des revues suivantes :

  • Documents, (1929-1931) oĂč il possĂšde suffisamment d'influence pour parfois dĂ©placer le cadre de la simple revue d'arts et de curiositĂ©s, et ainsi critiquer AndrĂ© Breton et le surrĂ©alisme.
  • AcĂ©phale, (1936-1939) dont on ne peut dire qu'elle a Ă©tĂ© diffusĂ©e Ă  grande Ă©chelle, issue d'une idĂ©e collective avec AndrĂ© Masson. Le dernier numĂ©ro paraĂźt plus d'un an aprĂšs le quatriĂšme, et il est rĂ©digĂ© par le seul Bataille, dans un format diffĂ©rent.
  • Critique, fondĂ©e par Georges Bataille en 1946 aux Ă©ditions du ChĂȘne, elle se dĂ©veloppe aprĂšs sa reprise en 1949 par les Ă©ditions de Minuit.

[modifier] Études

[modifier] Etudes biographiques

  • Pascal Louvrier, Georges Bataille, la fascination du mal, Ă©ditions du Rocher, Paris, juin 2008
  • Bernd Mattheus, Georges Bataille. Eine Thanatographie (3 vol.), Matthes & Seitz Verlag, Munich, 1984-1995
  • Michel Surya, Georges Bataille, la mort Ă  l'Ɠuvre, SĂ©guier/Gallimard, Paris, 1987/1992

[modifier] Divers

  • Jean-Michel Besnier, La Politique de l'Impossible, l'intellectuel entre rĂ©volte et engagement, La DĂ©couverte, Paris, 1989.
  • Élisabeth Bosch, L'AbbĂ© C., de Georges Bataille : Les Structures masquĂ©es du double, Amsterdam, 1983
  • Georges Didi-Huberman, La ressemblance informe ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille, Macula, Paris, 1995
  • Michel Fardoulis-Lagrange, G.B. ou un ami prĂ©somptueux, Le Soleil Noir, Paris, 1969
  • Koichiro Hamano, Georges Bataille: La perte, le don et l'Ă©criture", EUD,Dijon, 2004
  • Jean-Michel Heimonet, Le Mal Ă  l'oeuvre : Georges Bataille et l'Ă©criture du sacrifice, ParenthĂšses, Marseille, 1987
  • Denis Hollier, La Prise de la concorde (suivi de Les dimanches de la vie), Gallimard, Paris, 1974/1993
  • Denis Hollier, Le CollĂšge de Sociologie, 1937-1939, Gallimard, 1979 et Folio essais, 1995
  • Jacques Lempert, Georges Bataille Ă©tude dans le chapitre Érotisme, La Grande EncyclopĂ©die, Éd. Larousse, Paris, 1973.
  • Francis Marmande, Georges Bataille politique, Presses Universitaires de Lyon, 1984
  • Stephan Moebius, Die Zauberlehrlinge. Soziologiegeschichte der CollĂšge de Sociologie, Konstanz 2006 (de)
  • Robert Sasso, Georges Bataille : le systĂšme du non-savoir, une ontologie du jeu, Minuit, Paris, 1978
  • Vincent Teixeira, Georges Bataille, la part de l'art - la peinture du non-savoir, L'Harmattan, Paris, 1997
  • François Warin, Nietzsche et Bataille. La parodie Ă  l'infini, PUF, Paris, 1994

[modifier] Notes

  1. ↑ Cette publication fut faite à compte d’auteur.
  2. ↑ L’École des hautes Ă©tudes hispaniques est l’actuelle Casa Velasquez.
  3. ↑ Cette traduction de Georges Bataille et Tatiana Beresovski-Chestov sera publiĂ©e en 1925 par les Éditions du SiĂšcle.
  4. ↑ Les sujets abordĂ©s par Bataille vont de la mystique Ă  l'Ă©conomie, en passant par la poĂ©sie, la philosophie, l'art, l'Ă©rotisme.
  5. ↑ Diane Kotchoubey de Beauharnais Ă©tait la fille d’Helen Pearce, une ressortissante sud-africaine, et du prince EugĂšne Kotchoubey de Beauharnais (1894-1951). Elle naquit Ă  Victoria, dans l’üle de Vancouver, le 4 juin 1918. D’abord mariĂ© Ă  Gerges Snopko, en 1939, dont elle eut Catherine, elle le quitta pour Georges Bataille. De ce nouveau mariage naĂźtra Julie Bataille le 1er dĂ©cembre 1949. Par sa famille paternelle Diane descendait de JosĂ©phine Tasher de la Pagerie et de son fils EugĂšne de Beauharnais. De plus sa grand-mĂšre, Daria de Beauharnais, comtesse de Leuchtenburg, Ă©tait la petite-fille de Maryia Nikolaievna Ramanov, grande-duchesse de Russie, qui avait Ă©pousĂ© Maximilien de Beauharnais, troisiĂšme duc de Leuchtenburg.
  6. ↑ Lors de son sĂ©jour carpentrassien, Georges Bataille publie, en 1949, La Part maudite. Essai d’économie gĂ©nĂ©rale. T. 1, La Consumation ainsi qu’Éponine (repris l’annĂ©e suivante dans L’AbbĂ© C.).
  7. ↑ Sa Lettre Ă  RenĂ© Char sur les incompatibilitĂ©s de l’écrivain, avec dessins de Pierre Alechinsky, a Ă©tĂ© Ă©ditĂ©e en 2005.
  8. ↑ Georges Bataille avait dĂ©couvert la corrida Ă  Madrid en 1922 quand jeune diplĂŽmĂ© archiviste-palĂ©ographe de l’École des Chartes, il avait Ă©tĂ© envoyĂ© Ă  l’École des hautes Ă©tudes hispaniques, l’actuelle Casa VĂ©lasquez. Ce fut lĂ  qu’il assista dans les arĂšnes madrilĂšnes Ă  la mort horrible du torero Manuel Granero, une corne du taureau l’ayant Ă©nucléé avant de transpercer son crĂąne. Bataille y vit une image oĂč se croisaient mort et sexualitĂ©.
  9. ↑ Michel Leiris, Ă©crivain et ethnologue français, avait Ă©tĂ© le tĂ©moin de mariage de Georges Bataille quand celui-ci avait Ă©pousĂ©, le 20 mars 1928, Sylvia MaklĂšs. Il participa au mouvement surrĂ©aliste et cofonda avec son ami Bataille le CollĂšge de Sociologie destinĂ© Ă  Ă©tudier les manifestations du sacrĂ© dans l’existence sociale. Celui-ci lui dĂ©dia L’Érotisme, Ă©ditĂ© en 1957, et Leiris fit paraĂźtre, en 1988, aux Ă©ditions Fourbis, À propos de Georges Bataille. Leiris nous a laissĂ© ses impressions sur sa premiĂšre rencontre avec Bataille en 1924 : «J’admirais non seulement sa culture beaucoup plus Ă©tendue et diverse que la mienne, mais son esprit non conformiste marquĂ© par ce qu’on n’était pas encore convenu de nommer l’humour noir. J’étais sensible aussi aux dehors mĂȘmes du personnage qui, plutĂŽt maigre et d’allure Ă  la fois dans le siĂšcle et romantique, possĂ©dait (en plus juvĂ©nile bien sĂ»r et avec une moindre discrĂ©tion) l’élĂ©gance dont il ne se dĂ©partirait jamais, lors mĂȘme que son maintien alourdi lui aurait donnĂ© cet air quelque peu paysan que la plupart ont connu, Ă©lĂ©gance tout en profondeur et qui se manifestait sans aucun vain dĂ©ploiement de faste vestimentaire. À ses yeux assez rapprochĂ©s et enfoncĂ©s, riches de tout le bleu du ciel, s’alliait sa curieuse dentition de bĂȘte des bois, frĂ©quemment dĂ©couverte par un rire que (peut-ĂȘtre Ă  tort) je jugeais sarcastique Â».
  10. ↑ Pierre Klossowski (1905- 2001), Ă©tait le frĂšre du peintre Balthus. Quand Bataille rencontra Ă  VĂ©zelay Diane Kotchoubey de Beauharnais, qui devient sa maĂźtresse, il y eut pendant leur sĂ©jour mĂ©nage-Ă -trois avec Denise Rollin, son Ă©pouse. Mais le couple se sĂ©para et Pierre Klossowski vint au secours de Bataille, restĂ© sans domicile parisien, en l’installant dans le studio de Balthus oĂč il passa l’hiver. Ce grand spĂ©cialiste du Divin Marquis (Sade mon prochain, 1947), Ă©tait trĂšs proche de la dialectique bataillienne. Il s’interrogea sur la nature thĂ©ologique du dilemme Dieu-mort de Dieu. Le moi substituĂ© Ă  la substance divine, Ă©tait, pour Klossowski, un faux changement : moi est Dieu et la mort de Dieu, la mort de moi.
  11. ↑ Bernard NoĂ«l a Ă©tĂ© l’un des collaborateurs du Dictionnaire des Ɠuvres Ă©rotiques, paru au Mercure de France, en 1971. À ce titre, il a prĂ©sentĂ© et analysĂ© l’Ɠuvre de Georges Bataille.
  12. ↑ Son fonds a servi de support au court-mĂ©trage du C.N.R.S. intitulĂ© : Saint Gens, patron des fiĂ©vreux et fidĂšle intercesseur de la pluie et du beau temps, tournĂ© par Jean Arlaud Ă  Monteux et au Beaucet.
  13. ↑ Christian Limousin, professeur de lettres au lycĂ©e Romain Rolland de Clamecy, a organisĂ© la manifestation de VĂ©zelay : L’Éros et le SacrĂ©, en 2002, cĂ©lĂ©brant le quarantiĂšme anniversaire de la mort de Bataille. Pour celui-ci, le sacrĂ© s’inscrit dans un mouvement universel de la vie Ă  la mort, un mouvement que le christianisme aimerait refouler. Il se manifeste sur les marges, dans le domaine de l’interdit : c’est en transgressant les tabous que nous expĂ©rimentons le sacrĂ© et un sentiment d’appartenance au monde. Bataille le cherche et le trouve dans les exhalaisons physiques (sang, sueur, larmes, excrĂ©ment), les Ă©motions extrĂȘmes (rire, colĂšre, ivresse, extase sexuelle), et dans les activitĂ©s inutiles (poĂ©sie, jeu, crime, Ă©rotisme). Chez lui, si le sacrĂ© et l’abjection s’épousent, c’est sous une forme de dĂ©passement des antinomies. Cela dit, Bataille sera toujours pour les tabous qui donnent un sens Ă  cet excĂšs. Car le divin ou le sacrĂ© sont quelque chose d’ambigu, «à la fois saint et maudit, pur et impur, blanc et noir, fascinans et tremendum Â» ; «le sacrĂ© est le tout autre, sĂ©parĂ©, hĂ©tĂ©rogĂšne Â», et «cette hĂ©tĂ©rologie comprend les formes les plus nobles comme les plus basses. Jeu cruel, l’art a le pouvoir d’engendrer une altĂ©ritĂ© folle, belle, laide ou effrayante Â». Cf. Vincent Teixeira, Georges Bataille, La part de l’art (la peinture du non-savoir), 1997.
  14. ↑ Pseudonyme qu'on peut interprĂ©ter comme "Seigneur aux chiottes", voire "Seigneur aussi".
  15. ↑ Et aussi, disent certains, aprĂšs une visite Ă  l’abbaye de Quarr, sur l’üle de Wight, lors d’une aventure obscure avec une jeune femme croyante. Mais les deux Ă©vĂšnements sont concomitants. DĂšs lors Bataille critiqua le christianisme qui fait croire Ă  l’immortalitĂ© de l’ñme et au report du plaisir jusqu’au paradis. Pour lui ce refoulement de la mort s’accompagne du refoulement de la sexualitĂ© et atteint son comble dans le culte de la Vierge Marie.
  16. ↑ Cf. Georges Bataille, La pratique de la joie devant la mort, texte Ă©tabli par Bernard NoĂ«l, Mercure de France, 1967.
  17. ↑ Qui pourra, un jour, Ă©lucider le fait que deux des grands auteurs de la littĂ©rature Ă©rotique mondiale aient vĂ©cu Ă  deux cent ans de distance dans le dĂ©partement de Vaucluse ? Si Sade y avait des attaches familiales, il n’en allait pas de mĂȘme pour Bataille. Et le hasard n’explique rien. PrĂ©sence de RenĂ© Char ? Sans doute puisque l’on sait que le poĂšte recevant Ă  l’Isle-sur-la-Sorgue son ami Paul Éluard ne manquait jamais de lui faire visiter la Provence du Divin Marquis en le menant Ă  Mazan, Saumane et Lacoste sur les traces du Grand Ancien.
  18. ↑ Ce fut en cette annĂ©e 1955 que Diane Bataille, publia « Les Anges du fouet Â», remarquable pastiche d’un roman Ă©rotique victorien.
  19. ↑ L’abbĂ© Breuil avait publiĂ© en 1952 son Ă©tude « Quatre cent siĂšcles d’art pariĂ©tal. Les cavernes ornĂ©es de l’Âge du Renne Â». Georges Bataille s’inspira de ses travaux pour tout ce qui avait trait Ă  la palĂ©ontologie et Ă  la palĂ©o-ethnographie.
  20. ↑ Vincent Teixeira, Georges Bataille, La part de l’art (la peinture du non-savoir), Éd. L’Harmattan, Paris, 1997.
  21. ↑ Vincent Teixeira,op. citĂ©.
  22. ↑ La citation est de Jacques Lempert.
  23. ↑ J.P. Sartre a lancĂ© sa polĂ©mique Sur Bataille, Un nouveau mystique en dĂ©cembre 1943 dans les Cahiers du Sud.
  24. ↑ Georges Bataille, ƒuvres complĂštes, T. I. comprenant Premiers Ă©crits, 1922-1940 , Histoire de l’Ɠil , L’Anus solaire , Sacrifices et Articles.
  25. ↑ Les rĂ©ponses Ă©rotiques de l’art prĂ©historique : un Ă©clairage bataillien
  26. ↑ Bataille et le suppliciĂ© chinois : erreurs sur la personne

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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