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ConservatismeCet article concerne la philosophie politique. Pour les autres significations, voir Conservatisme (homonymie).
Le conservatisme est une philosophie politique qui est en faveur des valeurs traditionnelles et qui s'oppose au progressisme. Les cultures ayant chacune des valeurs différentes, les conservateurs selon leur culture ont des buts différents. Mais tous les conservateurs promeuvent la défense (statu quo) ou le retour à des valeurs établies (statu quo ante). Le terme vient de conserver; du latin conservare, «maintenir, observer (une loi, une coutume)» composé de servare «préserver, garder». Bien que ce ne soit une idéologie en soi, le conservatisme est une philosophie politique dont les idées à défendre sont en grande partie liées à leur contexte d'existence. Il est défini en partie par son emphase de la tradition comme source de sagesse bien au-delà de ce qui peut être démontré ou explicitement établi. Il se fonde sur la conservation d´un ordre pré-établi, selon les conventions, chacun à sa place.
[modifier] Développement de la penséeLe conservatisme n'a pas produit ni ne tend à produire des traités de système comme le Léviathan de Thomas Hobbes ou le Two Treatises of Government de John Locke. À cause de cela, ce que veut dire «être conservateur» a souvent été l'objet d'un débat, embourbé par l'association de nombreux (et souvent antinomiques) partis politiques et idéologies. L'érudit R.J. White déclara ainsi :
Bien que la pensée politique, depuis ses tous débuts, contienne de nombreux traits que l'on pourrait qualifier rétrospectivement de conservateurs, ce n'est qu'au siècle des Lumières, en particulier dans les réactions aux évènements entourant la Révolution française de 1789, que le conservatisme commença à se révéler comme une attitude distincte ou une manière de penser. Beaucoup suggèrent une naissance plus précoce d'une disposition conservatrice, dans les suites de la Réforme, spécialement dans les œuvres du théologien anglican Richard Hooker promouvant la modération dans l'équilibre politique des intérêts vers les buts d'harmonie sociale et de bien commun. Mais ce n'est qu'à partir de la polémique d'Edmund Burke — Réflexions sur la Révolution de France — que le conservatisme gagna une réelle influence. L'homme d'état anglo-irlandais Edmund Burke qui combattit avec tant de rage la Révolution française, sympathisa aussi avec certaines revendications de la Révolution américaine. Cette tradition conservatrice classique insiste souvent sur le fait que le conservatisme n'a pas d'idéologie, dans le sens d'un programme utopique. Burke développa ses idées en réaction à l'idée « des Lumières » d'une société guidée par une raison abstraite. Même s'il n'a pas utilisé le terme, il anticipa la critique du modernisme, qui fut pour la première utilisé à la fin du XIXe siècle par le religieux conservateur néerlandais Abraham Kuyper. Burke était en conflit avec les Lumières, et plaidait à la place pour les valeurs de la tradition. Certains hommes, plaidait Burke, ont moins de raison que d'autres, et donc certains hommes mettraient en place de pires gouvernements que d'autres s'ils se fondaient sur la raison. Pour Burke, la mise en place d'une gouvernement ne peut s'appuyer sur des abstractions comme la "Raison", mais sur le développement historique de l'État et des autres institutions importantes de la société comme la famille ou l'Église.
Burke argumentait que la tradition est une base plus solide que les choses purement abstraites (comme la "Raison"). La tradition se forme avec la sagesse de plusieurs générations et les aléas du temps, alors que la "Raison" peut n'être que le masque des préférences d'un seul homme, et qu'elle représente au mieux la sagesse non-testée d'une génération. Toute valeur ou institution existante qui est passée au travers de l'influence correctrice des expériences passées doit être respectée. Cependant, les conservateurs ne rejettent pas le changement. Comme Burke l'a écrit, "Un État qui n’a pas les moyens d’effectuer des changements n’a pas les moyens de se maintenir"[2]. Mais ils insistent pour que le changement soit organique, plutôt que révolutionnaire. Une tentative de modifier la toile complexe des interactions humaines qui forme la société humaine, dans le but de mettre en pratique une doctrine ou une théorie, court le risque de se voir passer sous la dure loi de l'effet pervers. Burke recommenda la vigilance contre la possibilité d'aléas moraux. Pour les conservateurs, la société est quelque chose d'enraciné et d'organique: tenter de l'enlever ou de la modifier pour les plans d'un quelconque idéologue, c'est s'attirer de grands désastres non prédits. Les conservateurs prônent fortement le droit à la propriété. Carl B. Cone, dans Burke and the Nature of Politics,[3] pointa que ce point de vue, exprimé comme une philosophie, servait également les intérêts des gens impliqués
Benjamin Disraeli, lui-même un membre du parti conservateur en Angleterre, écrivit en 1845, "Un gouvernement conservateur est une hypocrisie organisée."[4] Ce commentaire fut écrit quand le parti conservateur se divisa en deux groupes, basés sur qui aurait profité personnellement ou non de l'abolition des Corn Laws.[5] À la fin de la période Napoléonienne, le Congrès de Vienne marqua le début d'une réaction conservatrice en Europe pour contenir les forces libérales et nationalistes relâchées par la Révolution française. Les historiens Will et Ariel Durant décrivent la philosophie conservatrice de cette époque comme "défendre la nécessité de la religion, la sagesse de la tradition, l'autorité de la famille, les avantages d'une monarchie légitime, et le besoin constant de maintenir les digues politiques, morales et économiques contre la mer toujours houleuse de l'ignorance populaire, de la cupidité, de la violence, du barbarisme et de la fertilité"[6]. Le Vicomte Louis de Bonald détermina les principes du conservatisme français dans la Théorie du pouvoir politique et religieux en 1796: "monarchie absolue, aristocratie héréditaire, autorité patriarcale dans la famille, et la souveraineté morale et religieuse des papes sur tous les rois de la Chrétienté".[7] Avec Louis de Bonald, Joseph de Maistre fut le porte-parole le plus influent pour le conservatisme contre-révolutionnaire, avec une emphase sur la monarchie comme sauvegarde de l'ordre dans la société. Le mouvement légitimiste est l'incarnation politique de cette pensée conservatrice de l'époque. [modifier] Aspects du conservatismeComme toute philosophie politique, le conservatisme s'intéresse non seulement au fonctionnement des institutions politiques mais également à tous les autres aspects de la vie humaine. [modifier] Aspects culturel et socialLe conservatisme culturel est une philosophie qui encourage la préservation de l'héritage d'une nation ou d'une culture. La culture en question peut être aussi large que la culture occidentale ou la civilisation chinoise ou être aussi petite que le Tibet. Les conservateurs culturels essayent d'adapter des normes transmises par le passé. Les normes peuvent être romantiques, comme les mouvements contre le système métrique qui demandent la sauvegarde du système de poids et de mesures au Royaume-Uni ou au Canada. Elles peuvent être institutionnelles : en Occident, cela inclut aussi bien la chevalerie et le féodalisme que le capitalisme, la laïcité et l'État de droit. Selon une branche du conservatisme culturel appelée conservatisme social, les normes peuvent être également morales. Par exemple dans certaines cultures, des pratiques telles que l'homosexualité sont admises comme mauvaises. Dans d'autres cultures, les femmes qui montrent leur visage ou leurs membres en public sont considérées comme immorales, et les conservateurs dans ces cultures soutiennent souvent des lois interdisant de telles pratiques. D'autres conservateurs tiennent une approche plus positive, en soutenant des lois du bon samaritain - des lois requérant de la charité - si leur culture considère ses actes comme moraux. Les conservateurs culturels argumentent souvent que les vieilles institutions se sont adaptées à des lieux ou des cultures particuliers et qu'il faudrait donc laisser perdurer. Selon qu'ils soient plus ou moins universalisants (ou sceptiques), les conservateurs culturels peuvent ou ne peuvent pas accepter des cultures qui diffèrent de la leur. De nombreux conservateurs croient en une moralité universelle, mais d'autres admettent que des codes moraux peuvent différer d'une nation à une autre, et qu'ils ne devraient essayer de supporter leurs codes moraux que dans leur propre culture. C'est ainsi qu'un conservateur culturel peut douter que les larges idéaux français sont appropriés en Allemagne. [modifier] Aspect religieuxLes conservateurs religieux cherchent à préserver les enseignements de certaines religions particulières, quelquefois en proclamant la valeur de ces enseignements, d'autres fois en cherchant à donner force de loi à ces enseignements. Le conservatisme religieux peut encourager, ou être encouragé par, des coutumes séculières. Dans d'autres lieux ou à d'autres époques, le conservatisme religieux peut se trouver lui-même en désaccord avec la culture dans laquelle se trouvent les croyants. Dans certaines cultures, il y a des conflits entre deux ou plusieurs groupes de conservateurs religieux, chacun déclarant que leur vue est correcte et que celles de leurs opposants sont fausses. Des gouvernements conservateurs influencés par des conservateurs religieux peuvent promouvoir par de larges campagnes le retour à des valeurs traditionnelles. Un exemple moderne est la campagne «Back to Basics» du Premier Ministre britannique John Major. Dans l'Union Européenne, une campagne conservatrice tenta de spécifier certaines valeurs du conservatisme dans la Constitution européenne avortée, notamment l'appel du pape Jean-Paul II à y inclure une référence à Dieu et au christianisme mais cet appel fut rejeté en bloc par la République française et son président Jacques Chirac. [modifier] Aspect fiscalLe conservatisme fiscal est une philosophie économique de prudence dans les dépenses gouvernementales et la dette publique. Edmund Burke, dans ses Réflexions sur la Révolution de France, articula ses principes:
En d'autres termes, un gouvernement n'a pas le droit de s'endetter de manière importante pour ensuite en jeter le fardeau sur le dos du contribuable ; le droit du contribuable de ne pas être surtaxé de manière oppressive est plus important que de rembourser les emprunts qu'un gouvernement a pu contracter imprudemment. [modifier] Aspect environnementalLa philosophie politique conservatrice promeut la conservation de l'environnement. Russell Kirk écrivit dans The Conservative Mind :
[modifier] Influence et interaction[modifier] Patriotisme[modifier] Politique économique[modifier] Politiques régionalesIl existe dans le monde un certain nombre de partis s'appelant « Parti conservateur ». On peut citer en Grande-Bretagne le parti Tory, le Parti conservateur du Canada au Canada. De même, aux États-Unis, le débat politique oppose les progressistes dont une partie se retrouve au sein du parti démocrate, aux conservateurs le plus souvent membres du parti républicain. [modifier] Autres utilisations du motLe terme de "conservatisme" a souvent une connotation péjorative ou polémique. De nombreux mouvements ont déjà été taxés de « conservatisme », parfois en refusant cette qualification : les démocrates chrétiens, les libéraux... De manière réciproque, une partie de la droite (notamment sa frange libérale) s'est appropriée le thème de la modernité et a retourné contre la gauche l'accusation de conservatisme : le terme a pu être utilisé contre les syndicats français, les altermondialistes, le Parti socialiste, etc. En revanche, certains revendiquent le conservatisme (ou une part de conservatisme), et pas seulement à droite : c'est notamment le cas d'Hannah Arendt qui explique dans son essai La crise de l'éducation que c'est « pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice ».[8] Le conservatisme dans l'éducation est alors la condition des révolutions futures. [modifier] Notes et références
[modifier] Bibliographie
[modifier] Liens externes[modifier] Voir aussi
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