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Aurochs
L'aurochs[1] est un bovidé disparu, ancêtre des races actuelles de bovins domestiques. Son nom scientifique est Bos primigenius ; il est également désigné parfois par les noms d'urus ou ure, ces appellations étant toutefois considérées comme anciennes, surtout utilisées dans les mots croisés.
[modifier] ÉtymologieOn proposait autrefois une dérivation des mots allemands Ur-Ochs (« bœuf primitif ») ou Auer-Ochs (« bœuf des prairies ») [2]. Selon les dictionnaires étymologiques récents, le vieux mot français ure vient du latin urus[3], lui-même d'origine celtique ou germanique[4]. L'actuel mot français « aurochs » (1414 : ourofl) a bien pour origine l'allemand Auerochse (moyen-allemand ur-ohse), composé du même vieux mot germanique ou celtique (devenu en allemand Auer : « bœuf »), et de Ochs(e), de même sens (« bœuf(s) »)[5],[6],[7]. [modifier] HistoireL'aurochs serait apparu en Inde au Pléistocène inférieur, il y a environ deux millions d'années [2],[8]. Il serait probablement issu de Bos platifrons ou de Bos acutifrons, connus dans les Siwaliks [9]. Il aurait ensuite migré vers le Moyen-Orient et le reste de l'Asie pour gagner l'Europe au Pléistocène moyen. La date précise de sa diffusion en Europe varie selon les sources : début du Pléistocène moyen (soit il y a environ 780 000 ans) [9], 275 000 ans [10] ou 250 000 [11]. Beaucoup d'auteurs distinguent trois sous-espèces, largement répandues à travers l'ancien monde :
Mais vous trouverez aussi Il existe des formes régionales mal connues, et il est possible qu'il ait existé des sous-espèces non décrites. L'aurochs de Sicile avait ainsi une taille inférieure de 20 % aux aurochs continentaux[14]. L'aurochs a été chassé par les groupes de Néandertaliens, comme l'attestent les découvertes archéologiques réalisées dans les sites tels que Biache-Saint-Vaast ou La Borde. Ce dernier a livré de nombreux restes d'aurochs, correspondant au minimum à 40 individus. Il est interprété comme un lieu de chasse et d'abattage mettant à profit un piège naturel vers lequel des troupeaux étaient rabattus [15]. L'aurochs a ensuite très fréquemment été représenté dans l'art pariétal du Paléolithique supérieur, notamment à Lascaux ou Font-de-Gaume. Alors qu'une partie significative des forêts d'Europe de l'Ouest est déjà défrichée au profit de l'agriculture, Jules César, dans un chapitre de la Guerre des Gaules consacré à la description des Germains, l'un des peuples qu'il combat lors de sa conquête de la Gaule, évoque l'aurochs qu'on lui dit vivre dans l'immense forêt hercynienne avec des élans et d'autres animaux sauvages qu'on ne trouve déjà plus dans l'Italie romaine ni dans ses premières colonies.
Après avoir disparu des autres régions du monde, l'aurochs semble être resté relativement abondant dans les grands massifs forestiers d'Europe, relique de la forêt préhistorique ou regain sur des terres défrichées puis abandonnées au moment des grandes invasions ou des pestes, jusqu'au Moyen Âge, date à laquelle quelques mesures de protection sont prises (interdiction de chasse, garderie..), afin de protéger un gibier de choix pour la noblesse. L'aurochs était l'unique symbole de la Principauté de Moldavie (roumain : bour du latin bubalus), et est représenté sur le blason de la Roumanie et de la République de Moldavie. Ces mesures restreintes sont restées de peu d'effets ; le dernier aurochs sauvage et libre connu a été tué dans la forêt de Jaktorów, en Pologne, en 1627. [modifier] La domestication de l'aurochsLa domestication de l'aurochs sauvage, Bos primigenius, remonterait à 8 000 av. J.-C., au Moyen-Orient puis en Inde[17]. Chacune des trois sous-espèces aurait été domestiquée, et serait à l'origine de races domestiques : les aurochs européens et moyen-orientaux (Bos primigenius primigenius) seraient à l'origine des bétails sans bosse domestiques (Bos primigenius f. taurus), les aurochs asiatiques ou indiens (Bos primigenius namadicus) ont vraisemblablement donné le bétail domestique à bosse, ou zébu (Bos primigenius f. taurus = Bos primigenius f. indicus) et l'Aurochs nord-africain (Bos primigenius africanus = Bos primigenius opisthonomous = Bos primigenius mauretanicus) pourraient avoir contribué au patrimoine génétique des bétail domestiques africains (par exemple Cluttonbrock 1999)[13] ». Selon cette approche, les bovins domestiques européens descendent de la sous-espèce européenne et moyen-orientale, les bovins domestiques asiatiques à bosse (zébu) descendent des aurochs asiatiques, et les bovins domestiques africains descendent d'un mélange incluant des aurochs nord-africains. Les bovins domestiques européens et asiatiques (zébu), en particulier, ne seraient apparentés que de façon assez éloignée, puisqu'ils auraient été domestiqués indépendamment, à partir de sous-espèces sauvages déjà identifiées. Bien qu'on ait autrefois parlé de Bos indicus pour désigner les zébus, on les considère maintenant comme faisant partie de la même espèce que les bovins européens, puisque descendant de la même espèce sauvage (mais pas de la même sous-espèce). Des études concluent à un mélange entre aurochs moyen-orientaux et européens (appartenant à la même sous-espèce Bos primigenius primigenius) dans le génotype des bovins domestiques occidentaux actuels.
[modifier] DescriptionL'aurochs présentait une taille plus importante que les races actuelles de bovins. Les chercheurs ont cependant revu à la baisse leurs estimations. Herre, en 1953, estimait la taille au garrot des mâles à 2 mètres, et celle des femelles à 1,80 mètre. Boessneck, en 1957, avait cependant une estimation de 1,65 m à 1,85 m pour les mâles de l'Holocène[13]. Les estimations récentes sont plutôt de 1,60 à 1,80 mètre au garrot pour les mâles, et d'environ 1,50 mètre pour les femelles[19], même si certains auteurs restent encore partisans d'une taille dépassant les 2 mètres [20]. Ces variations d'estimations s'expliquent par le faible nombre de squelettes complets disponibles. Si les os retrouvés sont nombreux, le nombre de squelettes plus ou moins complets n'était que de 15 en 2002[21]. Le poids pouvait atteindre 800 à 1 000 kg. Le crâne était volumineux, avec un front plat et étroit muni de grandes cornes en forme de lyre, tournées vers l'avant en faisant un angle d'environs 60° avec le front. La pointe pouvait parfois remonter vers le haut[22]. La forme précise de ces cornes pouvait légèrement varier d'un individu à l'autre. Celles des mâles pouvaient aller jusqu'à 107 cm en longueur[23], quand celles des femelles étaient plus petites, jusqu'à 70 cm de longueur[19]. Claude Guintard indique même une taille maximale pour les mâles de 120 cm, mais des tailles moyennes bien inférieures à ces maximums : 62 cm pour les mâles, et 42 cm pour les femelles[24]. L'animal avait un dos rectiligne, et les jambes étaient proportionnellement un peu plus longues que celles des bovins domestiques actuels[19]. Le dimorphisme sexuel était prononcé chez cette espèce. Les mâles étaient plus gros, avaient des cornes plus longues, et avaient un pelage brun-noir, avec une raie plus pâle le long de l'épine dorsale. Les femelles et les jeunes des deux sexes avaient un pelage plus rougeâtre, sans cette raie dorsale. D'après les descriptions, il y avait une zone plus claire autour du museau chez les deux sexes[19]. Contrairement aux actuels bovins domestiques, les femelles avaient des mamelles discrètes, difficilement visibles[25]. Les aurochs avaient également une certaine réputation d'agressivité, encore que celle-ci ait pu être exagérée par les traditions, comme dans le cas des loups. Les derniers rapports historiques de Pologne, juste avant la disparition de l'animal, indiquent d'ailleurs que les aurochs n'avaient pas peur des humains, et ne se sauvaient pas quand ceux-ci approchaient, ne devenant agressifs que lorsqu'ils étaient chassés ou trop importunés [26]. Il y avait une certaine variabilité intra-spécifique, qui est encore mal connue, mais qui ressort de ce qu'on connaît des tailles des animaux ou des formes de leurs cornes. [modifier] Comparaison entre l'aurochs et ses descendants domestiques
Claude Guintard donne en 2005, une comparaison de différents auteurs sur la taille des cornes[29]. Les chiffres ci-dessous ne concernent que l'os. Il faut sans doute y rajouter 20 % pour avoir la longueur totale de la corne avec son étui kératinisé, aujourd'hui disparu.
Alzieu (1983)[30] souligne que la forme des cornes chez Bos primigenius est extrêmement homogène, contrairement à ce qu'on observe chez les bovins domestiques. Chez ces derniers les cornes peuvent en effet être absentes ou, à l'opposé, atteindre 250 cm (Watusi). [modifier] EnvironnementL'aurochs occupait en Europe des habitats de forêts et de marais[19]. Comme le montre la carte de sa répartition, la sous-espèce vivant en Europe occupait aussi les steppes allant de la Hongrie à la Mandchourie en passant par l'Asie centrale. Ces différences régionales sont compliquées par des différences d'époques. « S'il fréquentait les milieux plutôt ouverts à la fin du Pléistocène (Crégut-Bonnoure & Guérin, 1996) [9], il semble devenir de plus en plus forestier pendant l'Holocène comme en témoigne le résultat des analyses isotopiques menées sur des restes d'Aurochs du Néolithique moyen de Normandie [31]. Ce changement d'habitat est attribuable à une réponse de l'espèce au dérangement par l'Homme et à la concurrence exercée par les Ovins domestiques qui paissaient en milieux ouverts et en lisière de forêt[32] ». C'était donc un animal opportuniste, occupant des milieux assez différents, et sachant s'adapter à eux. C'était un herbivore, s'alimentant principalement d'herbes et des graminées [19]. En automne, des glands pouvaient être ajoutés au menu, et des branches d'arbres ou de buissons en hiver [33]. Les bétails domestiques actuels vivant dans la nature ressemblent considérablement à leur ancêtre sauvage dans leur choix de nourriture [34]. Pendant l'Holocène, le lion (Panthera leo), le tigre (Panthera tigris) et le loup (Canis lupus) étaient des prédateurs des aurochs [35]. En Europe même, en dehors des Balkans ou vivaient des lions, le loup était le prédateur principal[19]. L'homme a été également un prédateur de l'aurochs, et son poids dans sa chasse n'a cessé de croître, jusqu'à provoquer son extinction. D'après les rapports historiques, les femelles vivaient avec leurs veaux, les mâles vivant indépendamment, en petits groupes. Certains mâles restaient solitaires. A la saison des amours (août - septembre), les mâles rejoignaient les femelles, s'affrontant parfois violemment pour pouvoir se reproduire. Les jeunes naissaient en mai - juin[19]. [modifier] L'aurochs de HeckL'aurochs de Heck (nom vernaculaire le plus courant en France)[36], ou « néo aurochs », ou « aurochs-reconstitué » selon son nom officiel au sein du catalogue des races bovines françaises, est une sélection de races bovines domestiques menée en Allemagne dans les années 1920 et 1930 par les frères Heck. Ce mélange visait à recréer le type originel sauvage des bovins domestiques, c’est-à-dire l'aurochs originel, Bos primigenius. La méthode utilisée était de croiser des races domestiques « rustiques », supposées plus proches de l'aurochs des origines, afin de recréer une diversité génétique moins marquée par la dérive génétique découlant de la domestication, puis de sélectionner dans le groupe d'animaux ainsi obtenus ceux ressemblant le plus au phénotype (apparence physique) originel. Ce phénotype étant supposé être un bon indicateur d'une proximité avec le génotype (patrimoine génétique) originel. En terme de ressemblance, le résultat n'a été que partiel. L'apparence physique offre des ressemblances avec l'original, et la capacité à vivre en liberté est bien documentée, l'animal vivant dans des réserves naturelles de Pays-Bas, comme Oostvaardersplassen, depuis 1983. Mais la taille reste inférieure à celle de l'aurochs sauvage, les cornes sont nettement plus petites, et la couleur est généralement plus claire. La méthode utilisée, ainsi que la personnalité des frères Heck, proches du régime nazi, a entraîné depuis l'après-guerre des polémiques assez vives, certains biologistes considérant l'aurochs reconstitué comme une supercherie, d'autres, surtout en Allemagne et aux Pays-Bas, défendant la démarche, et même l'introduction de l'animal dans des espaces sauvages. Depuis le début des années 2000, des éleveurs allemands ont entrepris d'introduire de nouvelles variétés bovines domestiques dans des groupes reproducteurs d'aurochs de Heck. Ces variétés, aux cornes et à la taille plus imposantes, ont donné des petits groupes d'animaux plus proches en apparence de l'aurochs sauvage. L'aurochs de Heck actuel regroupe donc une majorité d'animaux dont l'apparence et les caractéristiques génétiques sont fixées depuis les frères Heck, et une petite minorité d'animaux dont les caractéristiques sont en train d'être revues pour se rapprocher du phénotype sauvage. Diverses races obtenues par croisements de formes primitives ou ressemblant à l'aurochs ont été réintroduites en milieu naturel, par exemple aux Pays-Bas et en Hongrie, où elles visent à contrôler la végétation et empêcher la prolifération des arbres. [modifier] ÉlevageQuelques fermes ont entrepris l'élevage d'aurochs-reconstitués, qui se sont révélés très résistants, vivent dans leur prairie et le bois attenant sans bâtiment de protection et dont les vêlages ont lieu sans intervention, même dans la neige sans aucune difficulté. [modifier] Notes
[modifier] Voir aussi[modifier] Liens externes
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