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Alchimie
Jan van der Straet - Le laboratoire de l'alchimiste (1551)
L'alchimie était une science ou une technique mais également une discipline ésotérique dont l'objet est l'étude spirituelle de la matière et de ses transformations. L'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, notamment des métaux nobles l'or et l'argent. Un autre objectif classique de l'alchimie est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie. Elle repose sur un ensemble de pratiques et sur une philosophie particulière, l'hermétisme, qu'on peut définir comme "une vision du monde fondée sur les correspondances et 'sympathies' unissant macrocosme et microcosme"[1]. La quête alchimique est parfois vue comme étant associée à une transformation spirituelle de l'alchimiste lui-même[2]. Bien que des pensées et des pratiques de type alchimiques ont été présentes dans d'autres civilisations, notamment en Chine (dès le IVe s. av. J.-C.) et en Inde (dès le VIe s.), l'alchimie à proprement parler est vraisemblablement apparue dans l'Égypte hellénistique des Ptolémées entre -100 (avec Bolos de Mendès) et 300 (avec Zosime de Panopolis). Elle s'est ensuite développée dans le monde arabe puis européen durant le Moyen Âge et jusqu'à la Renaissance. Vers la fin du XVIIe siècle l'alchimie connait une phase de déclin sans toutefois disparaître totalement. L'alchimie et la chimie sont difficiles à distinguer jusqu'au XVIIIe siècle et l'alchimie est généralement considérée comme étant à l'origine de la chimie moderne. La dimension spirituelle et philosophique de l'alchimie explique qu'elle continue de nos jours à être pratiquée, par des personnes le plus souvent intéressés par son aspect ésotérique. [modifier] ÉtymologiesLe mot "alchimie" vient du mot arabe: الكيمياء, "al-kimia". Le terme est arrivé en français au XIVe siècle, en passant par l'espagnol et le catalan (fin du XIIIe siècle grâce à Raymond Lulle), puis le latin médiéval alchemia. Les mots alchimie et chimie sont restés synonymes jusqu'au XVIIIe siècle et l'apparition de la chimie moderne[3]. Différentes hypothèses ont été avancées pour l'origine du mot en arabe[4]. Le mot arabe proviendrait du mot grec khemeioa[5], désignant également l'alchimie dans son acceptation moderne. Le philologue Hermann Diels dans son Antike Technik (1920) y voyait la "fusion" (du grec ancien chumeia/chêmeia signifiant "art de fondre et d'allier les métaux"). Pour le chimiste et historien des sciences Edmund Oscar von Lippmann (1857-1940) et le philologue Wilhelm Gundel (1880-1945), kimiya viendrait de l'égyptien Kam-it ou Kem-it, "Noir", ce qui évoquerait "La Terre Noire". Le Le Robert historique cite également l'hypothèse d'une évolution du mot à partir d'un radical arabe "kama", "tenir secret". [modifier] DéfinitionsLe premier type de définition possible est technique, se focalisant sur les objectifs de l'alchimie. Un de ceux ci est le Grand Œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux "vils" (plomb, étain, fer, cuivre, mercure), en métaux nobles (argent, or). Un autre objectif, plus tardif (1584) [6], est la médecine universelle ou un élixir de longue vie, qui guérirait ou qui prolongerait la vie. On peut donc présenter techniquement l'alchimie comme l'art occulte dont l'objectif consiste à réaliser la transmutation des métaux ou la découverte de l'élixir de vie. Ainsi, le Dictionnaire Flammarion :
ou du pseudo-Roger Bacon[7] :
Un deuxième type de définition possible est philosophique. On verra dans l'alchimie la synthèse entre, d'un côté l'enquête ou le travail sur des réalités chimiques, minérales ou naturelles, de l'autre des croyances spirituelles, une quête initiatique sur soi, Dieu, la nature, appuyée sur l'hermétisme et le gnosticisme[8], sur la mystique, égyptienne, grecque ou chrétienne. Selon Serge Hutin par exemple[9]
ou de René Alleau (1953)[10]
[modifier] Buts de l’alchimieL'alchimie s'est donné des buts distincts, qui parfois coexistent. Le but le plus emblématique de l'alchimie est la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. D'autres buts de l'alchimie sont essentiellement thérapeutiques, la recherche de l'élixir d'immortalité et de la Panacée (médecine univierselle), et expliquent l'importance de la médecine arabe dans le développement de l'alchimie. Derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens au profane, certains alchimistes s'intéressaient plutôt à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel. On parle alors de "l'alchimie mystique". Plus radical encore, l'Ars Magna, une autre branche de l'alchimie, a pour objet la transmutation de l'alchimiste lui-même en une sorte de surhomme au pouvoir quasi-illimité. Un autre but de l'alchimie, introduit par Paracelse, est la création d'un homme artificiel de petite taille, l'homonuclus[2]. [modifier] But métallique : le Grand Œuvre et la transmutationLe Grand Œuvre avait pour but d'obtenir la pierre philosophale. L'alchimie était censée opérer sur une Materia prima, Première Matière, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la "projection", c'est-à-dire la transformation des métaux vils en or. Les alchimistes ont développé deux méthodes pour tenter d'obtenir la pierre philosophale: la voie sèche et la voie humide[11] De façon classique la recherche de la pierre philosophale se faisait par la voie dite voie humide, celle ci est par exemple présentée par Zosime de Panopolis dès 300. La voie sèche est beaucoup plus récente et a peut-être été inventée par Basile Valentin, vers 1600. En 1718, Jean-Conrad Barchusen, professeur de chimie à Leyde, dans son Elementa chemicae, développe cette voie. Selon Jaques Sadoul la voie sèche est la voie des hautes températures, difficile, tandis que la voie humide est la voie longue (trois ans), mais elle est moins dangereuse. Fulcanelli dit à ce propos « À l’inverse de la voie humide, dont les ustensiles de verre permettent le contrôle facile et l’observation juste, la voie sèche ne peut éclairer l’opérateur » [12]. Les phases classiques du travail alchimique sont au nombre de trois[2]. Elles sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure. Elles correspondent aussi aux types de manipulation chimique : œuvre au noir calcination, œuvre au blanc lessivage et réduction, œuvre au rouge pour obtenir l'incandescence. On trouve ces phases dès Zosime de Panopolis. La phase blanche est parfois divisée en phase blanche lessivage et phase jaune réduction par certains auteurs alchimiste avec quatre phase pour l'ensemble au lieu de trois. [modifier] But médical : la médecine universelle et l'élixir de longue vieLes Arabes sont les premiers à donner à la pierre philosophale des vertus médicinales et c'est par leur intermédiaire que le concept d'élixir est arrivé en Occident.[13]. La quête alchimique, de métallique aux origines, devient médicale au milieu du XIVe s., avec le pseudo-Arnaud de Villeneuve et Petrus Bonus. La notion de "médecine universelle" pour les pierres comme pour la santé vient du Testamentum du pseudo-Lulle (1332). Johannes de Rupescissa (Jean de Roquetaillade) ajouta, vers 1352, la notion de quintessence, préparée à partir de l’ aqua ardens (alcool), distillée des milliers de fois.[14] Paracelse, en 1531, dans le Liber Paragranum, va encore plus loin, en rejetant la transmutation comme but de l'alchimie, pour ne garder que les aspects thérapeutiques. Il a résumé ainsi sa pensée : "Beaucoup ont dit que l’objectif de l'alchimie était la fabrication de l’or et de l’argent. Pour moi, le but est tout autre, il consiste à rechercher la vertu et le pouvoir qui réside peut-être dans les médicaments." En un sens Paracelse fait donc de l'iatrochimie (médecine hermétique), plutôt que de l'alchimie proprement dite. La légende veut que l'alchimiste Nicolas Flamel ait découvert l'élixir de jeunesse et l'ait utilisé sur lui-même et son épouse Pernelle. De même la légende du comte de Saint-Germain marqua l'alchimie, il aurait eu le souvenir de ses vies antérieures et une sagesse correspondante, ou aurait disposé d'un élixir de longue-vie lui ayant donné une vie longue de deux à quatre mille ans selon lui. Aujourd'hui plusieurs laboratoires pharmaceutiques (Pekana, Phylak, Weleda...), revendiquant les remèdes spagyriques de Paracelse, de Rudolf Steiner, d'Alexander von Bernus, de Zimpel, poursuivent cette tradition alchimique médicale. [modifier] But philosophique : la sciences hermétiqueL'alchimie se veut philosophie. Elle avance un certain nombre de principes et de notions. La nature forme un être vivant, où tout sympathise avec tout. La matière est une et elle recèle des "puissances", des "vertus". On peut transmuter un élément en un autre. Il existe des correspondances entre les métaux et les planètes, mais aussi avec les couleurs, les organes du corps humains, les dieux de l'Antiquité... Le symbolisme n'est pas un langage conventionnel mais un verbe, une parole révélatrice, un système de hiéroglyphes puissant, et réservé à des initiés. Le travail sur la matière revêt une fonction sacrée s'il est accompli selon certains rites. En même temps, l'alchimie a été à l'origine de découvertes en science. "C'est ainsi, dit Fulcanelli, que Blaise de Vigenère obtint l'acide benzoïque par sublimation du benjoin ; que Brandt put extraire le phosphore en recherchant l'alkaest dissolvant universel dans l'urine ; que Basile Valentin établit toute la série des sels antimoniaux et réalisa le colloïde d'or rubis ; que Raymond Lulle [en fait le pseudo-Raymond Lulle] prépara l'acétone et Cassius le pourpre d'or ; que Glauber obtint le sulfate sodique [sulfate de sodium, ou sel de Glauber] et que Van Helmont reconnut l'existence des gaz. Mais, à l'exception de Lulle et de Basile Valentin, tous ces chercheurs, classés à tort parmi les alchimistes, ne furent que de simples archimistes ou de savants spagyristes."[15] "Geber découvrit plusieurs corps chimiques comme l'eau régale, l'acide sulfurique et l'acide azotique" (Jacques Bergier). [modifier] Classifications et distinctionsPour ne pas trop s'égarer, voici quelques précisions utiles.
[modifier] Les différentes interprétations de l'alchimieL'interprétation des buts poursuivis par l'alchimie est rendu plus difficile par les textes volontairement cryptiques laissés par les alchimistes. Cette difficulté d'interprétation à engendré de nombreuses thèses à propos du sens qu'il convenait de donner à l'alchimie. [modifier] Théories de l'alchimieLes alchimistes se fondent sur une conception de la nature et de la matière première. Les théories s'opposent ou se combinent.
[modifier] Terminologie et modalités d'expressionEn tant que connaissance ésotérique, les textes alchimiques possèdent la particularité d'être codés. Il s'agit d'un savoir qui n'est transmis que sous certaines conditions. Les codes employés par les anciens alchimistes étaient destinés à empêcher les profanes d'accéder à leurs connaissances. L'utilisation d'un langage poétique volontairement obscur, chargé d'allégories, de figures rhétoriques, de symboles et de polyphonie (voir langues des oiseaux) avait pour objet de réserver l'accès aux connaissances à ceux qui auraient les qualités intellectuelles pour déchiffrer les énigmes posées par les auteurs et la sagesse pour ne pas se laisser tromper par les pièges nombreux que ces textes recèlent. [modifier] La matière aux mille nomsLe même nom peut qualifier deux 'objets' ou 'sujets' totalement différents mais l'on peut aussi avoir plusieurs noms pour désigner le même objet. Ceci est particulièrement vrai pour le Mercure mais également pour d'autres termes. Presque tout les traités d'alchimie commencent au début du second oeuvre et "omettent" de préciser de quelle matière première utiliser et cette énigme de la matière première est sciemment recouverte par l'énigme du Mercure selon René Alleau[23]. Fulcanelli, par exemple, s'emploie à multiplier les indications tout en restant cryptique[24]. Synésius semble plutôt décrire la matière dans son état avancé[25]. La matière aux milles noms, terme employé par Françoise Bonardel[26], demeure une énigme à double fond. Cet auteur résume la problématique ainsi: « Car si la force de l’alchimie réside bien dans le seul mercure des philosophes, comme le proclama très tôt Albert le Grand (1193-1280), c’est que la substance mercurielle, par excellence protéiforme, est alors envisagée soit comme une materia prima en qui sont latentes toutes les virtualités (dont celle du soufre), soit, après préparation, comme mercure double (ou hermaphrodite) en qui a été consommé et fixé l’union des 2 principes »[27]. [modifier] Alchimie, symboles et signesTrois principes fondent la métaphysique de l'alchimie : le sel, le soufre et le mercure, correspondant respectivement au centre moteur, émotionnel, et intellectuel[28]. Certains alchimistes, et principalement les auteurs anciens, ne considèrent que deux parmi ces trois principes le mercure et le souffre et ne considèrent pas le sel. Le symbole allégorique ne se reccoupe pas avec le symbole chimique et, par exemple, le mercure alchimique n'est pas le mercure chimique.
Pour l'alchimie les quatre éléments ne représentent pas des composantes de la matière, en effet l'unicité de la matière est un des principes philosophiques de l'alchimie, mais plutôt des états de cette matière unique se rapprochant plus du concept physique d'état de la matière[29]. Ces éléments sont avec leurs symboles associés: le Feu Pour l'alchimie les sept métaux étaient liés aux planètes:
[modifier] Références des ouvrages alchimiquesLa majorité des ouvrages d'alchimie se basent sur au moins un des supports ci-dessous :
[modifier] Les raisons invoqués pour les textes cryptiquesLes présupposés populaires laissent à penser que la terminologie descriptive de l'alchimie se réduit à une sémantique propriétaire à caractère para-chimique (soufre, mercure, sel, métaux, antimoine etc.). Bien souvent, ne sont pas classées en catégorie « alchimie » les doctrines soutenues par un vocabulaire différent ce qui peut être une erreur d'interprétation due à des textes particulièrement cryptiques. On retrouve 2 raisons distinctes, quoique peut-être complémentaires, pour lesquels les textes alchimiques sont aussi impénétrables : 1/ Un objectif de sélection naturelle Dans son sens le plus large, l'alchimie se veut descriptive des grands principes de l'univers. Les alchimistes se nomment eux-mêmes « seuls philosophes véritables », et travaillent dans un esprit élitiste, estimant que seuls les esprits dignes et pénétrants doivent avoir accès aux résultats de leurs investigations. Ainsi les grands principes de l'alchimie prennent de multiples formes d'expression, voire sont parsemés d'erreurs délibérées; la multiplication des références mythologiques, historiques ou folkloriques et des symboles complexifiant encore la compréhension des textes. 2/ Une aide inattendue: l'obligation de basculer dans un état de conscience modifié L'exposé alchimique, mélangeant le caractère poétique et, en même temps, la précision technique des textes, le tout dans des expressions protéiformes, obligerait le lecteur à prendre des distances par rapport à sa culture environnante, par rapports aux 'modalités d'époque', pour basculer dans une sorte d'état de conscience modifié, sans lequel ses chances de compréhension seraient quasi-nulles:
[modifier] l'alchimie et la chimieParmi ces grands alchimistes qui ont contribué à la chimie contemporaine, il convient de citer Marie la Juive[35] auquel ont attribut l'invention du bain-marie[36], du kerotakis[37] et du tribikos. L'alchimie a également assuré la perpétuation d'instruments, tel l'alambic, largement utilisé dans le laboratoire alchimique. L'alchimie a permis des découvertes de nouveaux matériaux et procédés chimiques, tel la porcelaine dont Johann Friedrich Böttger est co-ré-inventeur ou la découverte par Geber de l'acide sulfurique et l'acide nitrique[38]. Au Moyen Age l'alchimie a contribué à perpétuer une vision expérimentale et technique à une période où l'étude des textes anciens était privilégié dans les universités.[39] L'alchimie et la chimie sont difficiles à distinguer jusqu'au XVIIIe siècle. La rupture apparaît franche en 1722, quand Étienne Geoffroy l'Aîné, médecin et naturaliste français, affirme l'impossibilité de la transmutation :
Pourtant, l'objet de l'alchimie (la pierre philosophale et la transmutation des metaux) et celui de la chimie (l'étude de la composition, les réactions et les propriétés chimiques et physiques de la matière.) sont réellement distincts. D'autre part le rapport entre l'alchimie et les mythes locaux, et les constantes archétypiques universelles présentes dans la philosophie sous jacente à l'alchimie la distinguent également de celle çi[41]. Plusieurs auteurs du XXe qui ont étudié l'alchimie de manière approfondie la présente comme une théologie, ou comme une philosophie de la Nature plutôt qu'une chimie naissante[42], à ce titre, certains anciens alchimistes se donnaient le titre de 'seuls véritables philosophes'. L'interprétation de l'alchimie comme relevant uniquement d'une proto-chimie proviendrait essentiellement d'une erreur d'interprétation de Marcellin Berthelot au XIXe[43]. Françoise Bonardel retient également l'hypothèse d'une simplification excessive opérée par certains historiens du XIXe[44]. [modifier] L'alchimie mystiqueEthan Hitchcock développe la thèse selon laquelle l'alchimie n'aurait pas pour but de changer le plomb en or mais d'afficher une recherche symbolique, indirecte, de la richesse spirituelle, à travers les métaux.[45]. Cette vision de l'alchimie comme recherche intérieure et spirituelle existe au moins depuis Al-Ghazali et son alchime de la félicité (kimiyâ es-saddah). Le Grand Œuvre peut, dans cette optique, être conçu comme purification de l'homme et recherche de la connaissance. Le plomb aurait pour analogie la lourdeur la vulgarité et l'or l'élévation et la connaissance. L'alchimiste, dans cette optique, serait alors la "matière première" du Grand Œuvre et son objet serait l'élévation vers la connaissance par le biais de la pratique et de l'étude alchimique[46]. La pierre philosophale devait également apporter une lucidité et une connaissance accrue à ceux qui l'obtiendraient. Selon un manuscrit de 1590, "quand la clarté du haut savoir décore l'esprit développé [ôté] du brouillard ancien, de vulgaire doctrine, il voit tout, et il n'est rien aussi secret qu'il puisse être au monde, qu'il n'ignore"[47] [modifier] Interprétation psychanalytique de l'alchimieLa mise en évidence d'un symbolisme alchimique, similaire dans des civilisations éloignées dans le temps et dans l'espace, a conduit Carl Gustav Jung[48] ou Gaston Bachelard[49] à s'intéresser à ce contenu et à y consacrer chacun un livre. Les approches de Jung et de Bachelard divergent sur le fond, car Jung analyse positivement les rapports de l'alchimie avec le symbolisme religieux, quand Bachelard analyse négativement le rapport psychanalytique de l'alchimie avec l'esprit scientifique[50]. Carl Gustav Jung a particulièrement insisté sur la valeur psychologique ou spirituelle ou même initiatique de l'alchimie. Elle aurait pour fonction l'individuation, c'est-à-dire le perfectionnement de l'individu dans sa dimension profonde, mais à travers l'insconscient. [modifier] Historique[modifier] Antiquité : les fondations[modifier] ChineLa recherche des remèdes d'immortalité fait partie de la culture chinoise antique depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » ont souvent des pratiques s'apparentant à l'alchimie. Sur un plan strictement historique, un savoir de type alchimique est établi, pour la Chine, à partir du IIe siècle avant l’ère chrétienne.[51]. On retrouve la trace, dans les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, d'un récit parlant de transmutation en or et d'allongement de la vie par des pratiques alchimiques lors du règne de Wu Di de la dynastie Han en 133 av J-C.[52]. D'autres proposent une origine antérieure, Serge Hutin avance que l'alchimie était déjà pratiquée en Chine en dès le 4500 av. J.-C. et, dans le cadre de la Chine légendaire, René Alleau envisage l’analogie entre Hermès Trismégiste et l’empereur jaune, au III° millénaire avant JC [53]. Un texte fondateur, bien qu'il soit plus un traité de cosmologie que d'alchimie, est le Cantongqi (Tcheou-yi san-t'ong-ki. Triple concordance dans le livre des mutations des Tcheou), attribué à Wei Boyang (Wei Po-yang), un Immortel légendaire situé en 142. Le premier traité alchimique chinois connu est le Baopuzi neipian écrit par Ge Hong (283-343 ap. J.-C.)[54]. Les alchimistes chinois font une distinction entre "alchimie extérieure" (waidan, wai tan) et "alchimie intérieure" (neidan, nei tan). L’alchimie exterieure, telle que pratiquée par Ge Hong par exemple[55], cède la place à l’alchimie intérieure qui domine dès la fin des Dynastie Tang en 907. Les premières traces écrites de cette alchimie intérieure datent du VIIIe siècle et s'inscrit dans le cadre du taoïsme[56]
"L'alchimie chinoise, dans ses grandes lignes, ressemble beaucoup à l'occidentale. L'OEuvre alchimique est de nature religieuse. Sa 'pierre philosophale' ou 'élixir d'immortalité' est soit l'or soit le cinabre. L'or recherché est l'or alchimique, artificiel, fabriqué. Deux principes président à cette alchimie. L'un relève de la notion de métamorphose : l'or naturel, le plus pur et le plus inaltérable des métaux, est issu d'une lente maturation... L'autre principe relève de la pensée analogique, en application des lois de correspondance qui gouvernent le monde : de même que l'homme est un microcosme dont la structure est la même que celle du macrocosme, de même, dans l'OEuvre alchimique, le temps de maturation nécessaire pour l'or naturel peut être contracté à la dimension du microcosme, et, par conséquent, accéléré, ou, plus exactement, réduit... De même, l'athanor est une réduction, un monde en petit, ce que reproduit sa forme, affectant fréquemment celle d'un oeuf cosmique, comportant le plus souvent soit trois pieds soit trois étages pour les trois niveaux de l'univers - céleste, terrestre et humain - le supérieur étant rond comme le Ciel et l'inférieur carré comme la Terre... Avec le temps et le vaisseau alchimique, le troisième élément important est constitué par les éléments. Ceux-ci, sont le cinabre, le réalgar, la kanéite (ou l'orpiment, ou l'arsénolite), la malachite et la magnétite, ils sont mis en rapport avec les Cinq Agents : le réalgar à gauche (Bois), l'orpiment à droite (Métal), le cinabre en haut (Feu), et la malchite en bas (Eau)"[57] [modifier] IndeL'équivalent de l'alchimie se nomme Rasâyana (littéralement "voie du mercure", l'une des huit branches de l'Ayurveda), et amène vers un élixir de longue vie nommé Ausadhi.[58] Des rapprochement entre l'alchimie et les pratiques shivaïques et tantriques ont été effectués par plusieurs auteurs: Shiva, qui s'apparenterait au principe actif du soufre, féconde Çakti, qui s'apparenterait principe passif du mercure. Dans la tradition tantrique, le corps devient un Siddha-rûpa, littéralement corps de diamant-foudre[59] se rapprochant du concept de corps de gloire de l'Ars Magna en occident[60]. Les origines l'alchimie en Inde sont amplement débattues.
[modifier] Mésopotamie, BabyloneLe sujet a été étudié par A. Leo Oppenheim et Mircea Eliade.[66] "R. Eisler[67] a suggéré l'hypothèse d'une alchimie mésopotamienne. En réalité, les tablettes dont Eisler faisait état sont soit des recettes de verrier, soit des rituels accompagnant les opérations de métallurgie."[68] Les Mésopotamiens utilisent, dans leurs recettes pour fabriquer de la pâte de verre coloré, un langage secret[69], mais cela relève davantage du secret de métier que de la discipline de l'arcane. Dès le XIVe s. av. J.-C. en Babylonie et le VIIe s. av. J.-C. en Assyrie il y a fabrication de gemmes de four (artificielles). Ce sont, à peu près, les mêmes recettes qu’on retrouvera à Alexandrie au IIIe s. : imitation des métaux précieux, coloration des pierres, production de la pourpre. L'étape mésopotamienne est un moment capital dans l'histoire de l'alchimie, car les métaux sont mis en correspondance avec les planètes. Ainsi se place le fondement ésotérique de l'alchimie, à savoir la mise en place de corrélations entre des niveaux différents de réalité dans un monde conçu sur base d'analogies (a est à b ce que c est à d).
La Lune est liée à la couleur argentée, au métal argent, aux dieux Sîn (dieu Lune) et Anum ; le Soleil est lié à la couleur dorée, au métal or, aux dieux Shamash (dieu Soleil) et Ellil ; Jupiter : bleu lapis, étain, Mardouk et Nin-ani ; Vénus : blanc, cuivre, Ishtar déesse de la fécondité et des combats) et Éa ; Mercure jaune-vert, vif-argent (?), Nabou (dieu de l'écriture) ; Saturne : noir, plomb (?), Nirurta ; Mars : brun-rouge, fer (?), Erra (Nergal).[71] [modifier] Égypte antiqueCôté technologique, il faut noter que des mines d'or sont en activité en Nubie dès 2900 av. J.-C. Les techniques de métallurgie et d'orfèvrerie, attestées déjà au XVIe s. av. J.-C. (par exemple le Papyrus Ebers), comportaient un contexte hiérurgique"[72], c'est-à-dire qu'il sacralisait le travail. Côté philosophique, il faut se souvenir de l'importance de l'hermétisme gréco-égyptien. Les Égyptiens ont fait le lien entre Thoth et Hermès Trismégiste. Des textes à la fois hermétiques et alchimiques apparaissent dès le IIe ou Ier s. av. J.-C.[73] Sont-ils égyptiens pour autant ? Selon Garth Fowden, "dans le cas de l'alchimie, les anciens Égyptiens sont connus pour s'être intéressés à l'origine et à la nature des pierres précieuses et des métaux, et les textes alchimiques grecs de l'Antiquité tardive contiennent diverses allusions à l'Égypte et à ses traditions, mais nous n'y trouvons rien d'analogue à l'évolution, sans solution de continuité, de la magie pharaonique à la magie gréco-égyptienne. Le même discours vaut pour l'astrologie."[74] François Daumas est d'un avis opposé : il voit un lien entre la pensée égyptienne et l'alchimie gréco-égyptienne, à travers la notion de pierre, pierre à bâtir ou pierre philosophale.[75] Les Égyptiens avaient une conception dynamique de la pierre. Dans un des Textes des pyramides (513 a), un lapis-lazuli croît comme une plante. Dans une inscription à Abou Simbel, datant du règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), le dieu Ptah, créateur du monde, dit comment les déserts créent des pierres précieuses. [modifier] Égypte gréco-romaine: la naissance de l'alchimie classiqueL'alchimie occidentale sous sa forme canonique est née dans l'ancienne Égypte gréco-romaine à Alexandrie entre le Ie siècle avant J-C et le IIIe siècle après J-C. L'alchimie s'y est formée au confluent de courants hétéroclites, de spéculations et de pratiques hellénistiques, chaldéennes, égyptiennes et juives[76]. L'école d'Alexandrie, est probablement le centre le plus fécond de toute l'Antiquité et connut un foisonnement de textes hermétiques, plus de 20 000 selon le néoplatonicien Jamblique[77]. Deux sources principales de textes de cette époque ont été conservés: deux recueils sur papyrus, conservés à Leyde et à Stockholm datés de 300 après J-C[78] et un corpus constitué à l'époque byzantine[79]. Les textes les plus anciens sont des œuvres de Bolos de Mendès, et des citations ou courts traités mis sous des noms de personnages célèbres, mythologiques ou divins (Hermès, Isis, Moïse...) ou réels (Jamblique, Marie la Juive...). Dans ces textes, écrit avant 300, l'aspect spéculatif de l'alchimie n'est pas forcément présent et les recettes font plus penser à des recettes techniques[80]. Le premier alchimiste de cette période serai peut être Bolos de Mendès, dit le pseudo-Démocrite. Il vivait vers 100 av. J-C[81] ou 200 av. J.-C.[82] on lui attribue le traité Questions naturelles et mystiques [83]. Il s'agit de recettes d'atelier, reposant sur la loi des sympathies et des antipathies, pour fabriquer les quatre objets de l'alchimie d'alors : l'or, l'argent, le pourpre (porphyre), les pierres précieuses. Il semble que le livre date "sous sa forme actuelle" du Ier siècle[84], mais il pourrait remonter à Bolos. Sénèque attribue à Démocrite (donc peut-être à Bolos de Mendès le pseudo-Démocrite) des réussites alchimiques ou simplement métallurgiques notamment le moyen d'amollir l'ivoire ou de convertir par la cuisson certaines pierres en émeraude[85]. En revanche avec Zosime de Panopolis la technique se double d'une mystique et d'une symbolique. Zosime reste le fondateur canonique de l'alchimie gréco-égyptienne. Il vivait, comme sans doute Bolos, à Alexandrie mais aux environ de l'an 300[86]. Ses recettes alchimiques[87] ainsi que ses principes feront autorité. Deux autres auteurs de cette période sont restés célèbres pour leur commentaires ou leur recettes; Olympiodore l'Alchimiste et Synésius qui est peut être Synésios de Cyrène.[2].
[modifier] Les Arabes : la transmissionLe sujet a été bien étudié en France par Pierre Lory[90]. L'alchimie arabe naît en 685 quand, dit la légende, le prince Khâlid ibn al-Yazîd commande au moine Marianus, élève de l'alchimiste Étienne d'Alexandrie, la traduction en arabe de textes alchimiques grecs ou coptes.[91] Au VIII-X° s. apparaît le Corpus Jabirianum, attribué à Jâbir ibn Hayyân[92], dit Geber (vers 770), pose comme première triade celle du corps, de l'âme et de l'esprit. Il insiste sur l'élixir comme remède et panacée, et l'élixir n'est pas seulement minéral. Geber pose aussi un septénaire, celui des sept métaux : or (Soleil), argent (Lune), cuivre (Vénus), étain (Jupiter), plomb (Saturne), fer (Mars), vif-argent (Mercure) ; un autre septénaire, celui des opérations : sublimation, distillation ascendante ou descendante (filtration), coupellation, incinération, fusion, bain-marie, bain de sable. L’argyropée est une étape, non une chute : elle s’intègre dans l’œuvre. Les quatre Éléments et les quatre Qualités sont autonomes. Dans toute substance des trois règnes il est possible d’augmenter, de diminuer la proportion, voire de faire disparaître le chaud, le froid, etc. et ainsi d'obtenir une tout autre substance. Balînâs Tûwânî (le pseudo-Apollonius), en 825 (?), dans le Livre du secret de la Création. Kitâb sirr al-Halîka donne la première mention du texte arabe (VI° s. ?) de la Table d’émeraude. Pour la première fois, le Soufre et le Mercure se présentent comme les constituants de tous les métaux. Râzî, appelé Rhazès en Occident, a laissé un Livre des secrets. Kitâb al-asrâr de grande influence. Il n'admet qu'une alchimie intérieure, appelée "alchimie de la félicité" (kimyâ es-saâdah). L'encyclopédie des Frères de la pureté (Ikhwân as-Safâ, 963) contient une section sur l'alchimie. Vers 1020, Avicenne s'est intéressé à l'alchimie dans un chapitre sur la pierre (en latin De congelatione et conglutinatione lapidum), de son Kitâb al-Shifâ’.[93] L’or est fait de Mercure et de Soufre combinés sous l’influence du Soleil. Une phrase célèbre retient les esprits : "Que les alchimistes sachent qu’ils ne peuvent transmuter les espèces à moins qu’ils ne retournent à la matière première des métaux. Sciant artifices alkimie species metallorum mutare non posse nisi ea in primam reducantur materiam." Le pseudo-Geber (Paul de Tarente, auteur de La somme de perfection. Summa perfectionis, 1260)[94], le pseudo-Arnauld de Villeneuve (Rosarius, av. 1332), Gérard Dorn (Clavis totius philosophiae chymisticae, 1566) reprendront l'idée. Une autre phrase marquera les alchimistes, négativement : "L'alchimie est impuissante à modifier les espèces, elle ne peut que les imiter." L'exposé d'Avicenne, vers 1190, se trouve intégré sous le titre De mineralibus au livre IV des Météorologiques, d’Aristote qui, du coup, va passer pour alchimiste. [modifier] Moyen Âge : le mûrissement
La Table d'émeraude - version latine - Extrait du De Alchimia, Chrysogonus Polydorus (peut-être un pseudonyme du théologien luthérien Andreas Osiander), Nuremberg 1541.
1144 est la date officielle de naissance de l’alchimie occidentale. Cette année-là, Robert de Ketton traduit en latin un livre arabe de Morienus Romanus, le Liber de compositione alchemiae quem edidit Morienus Romanus.[réf. nécessaire][95] [5], qui dit : "Puisque votre monde latin ignore encore ce qu'est Alchymia et ce qu'est sa composition, je l'expliquerai dans ce livre. Alchymia est une substance corporelle composée d'une chose unique, ou due à une chose unique, rendue plus précieuse par la conjonction de la proximité et de l'effet." Le Livre du secret de la création contenant la Table d'émeraude est traduit en latin au début du XIIe siècle par Hugues de Santalla, puis par Jean de Séville vers 1140. Une version longue traduite par Philipe de Tripoli vers 1243, le Secretum Secretorum, sera un des livres les plus connus du Moyen-Âge, et c'est sa version de la Table d'émeraude qui est la plus répandue[96]. Ce très court texte hermétique d'une dizaine de lignes attribué à Hermès Trismégiste sera très commenté par les alchimistes au Moyen-Âge et décrirait - selon eux - la manière dont s'élabore l'œuvre philosophale. Vers 1210, Michael Scot écrit plusieurs traités alchimiques : Ars alchemiae[97], Lumen luminum. Il est le premier à évoquer les vertus médicales de l’or potable ; Roger Bacon (Opus majus, 1266), le pseudo- Arnauld de Villeneuve (Tractatus parabolicus, vers 1290 ?), le paracelsien Gérard Dorn (De Thesauro thesaurorum omnium, 1584) poursuivront dans ce sens. Vers 1250, Albert le Grand admet la transmutation, il établit l’analogie entre la formation du fœtus et la génération des pierres et métaux[98]. Il est sans doute l'auteur de Alkimia[99], mais pas des autres exposés tels que Semita recta, Alkimia minor, qu'on lui attribue (Le composé des composés. Compositum de compositis [6] est de 1331). Thomas d'Aquin n'est pas alchimiste, quoiqu'on lui attribue le magnifique Aurora consurgens. L'aurore à son lever[100], qui date de 1320. [7]. "Le plus grand génie du Moyen Âge", c'est Roger Bacon. Il a laissé des chapitres solides dans son Opus minus (1267)[101], dans son Opus tertium[102], dans son commentaire au Secret des secrets qu'il croit d'Aristote ; mais Le miroir d'alchimie (Speculum alkymie)[8] date du XVe s. : il est d'un pseudo-Roger Bacon. Roger Bacon (Opus majus, 1266) soutient que la médecine des métaux prolonge la vie et que (Opus tertium, 1268) l’alchimie, science pratique, justifie les sciences théoriques (et non plus l’inverse) : le premier, il voit le côté double (spéculatif et opératoire) de l'alchimie. Les deux principes ou Substances étaient le le Soufre et le Mercure, un troisième s'ajoute dès la Somme de la perfection (Summa perfectionis) : l'Arsenic. L'ouvrage est attribué à l'Arabe Geber (Jâbir), mais il est de Paul de Tarente. [modifier] XIVe - XVIe siècle : l'apogéeDès 1316 tombent des condamnations conventuelles et papales contre les faux-monnayeurs. L'alchimie commence à prendre ses distances avec l'Église. Les auteurs les plus caractéristiques sont Arnaud de Villeneuve (1245-1313), Denis Zachaire, le pseudo-Lulle (début du XVe) s.[103], le chanoine George Ripley [9][104], Bernard de Trévise[105][10]. L'année 1330 est la date de la Précieuse perle nouvelle (Margarita pretiosa novella), de Petrus Bonus, qui est un discours théologique. L'auteur distingue recherche scientifique et illumination divine. Il est le premier à faire une lecture alchimique des grands mythes antiques, comme la Toison d’or, Pan, Ovide, Virgile, etc. ; il sera suivi par Augurelli, Pic de la Mirandole, G. Bracesco + 1555, Dom Pernéty. Petrus Bonus soutient la théorie du mercure seul. Le premier, il compare la pierre philosophale au Christ. Vers 1350 Rupescissa (Jean de Roquetaillade) (De consideratione quintae essentiae) assimile élixir et alcool, comme un cinquième Élément, une quintessence donc, qui peut prolonger la vie. Il dit que l’on peut extraire cette quintessence de toutes choses, du sang, des fruits, du bois, des fleurs, des plantes, des métaux. D’où certains remèdes. Il fait une alchimie distillatoire, car, pour lui, la quintessence est un distillat extrêmement puissant qui peut s’extraire de l’alcool distillé mille et une fois. Cette théorie de la quintessence introduit l’idée du « principe actif » possédant au centuple les mêmes propriétés que les simples, dont Galien avait dé |