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Femme de lettres

Le terme femme de lettres dĂ©signe une Ă©crivaine ; c’est la forme fĂ©minisĂ©e de l’expression française « homme de lettres Â». Ce terme se popularise au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle, de par le rĂ´le jouĂ© par certaines femmes cultivĂ©es et d’influence, dans les salons littĂ©raires qu’elles organisent et qui servent de lieu de rencontre et de dĂ©bats dans le milieu intellectuel parisien, et jouent ainsi un rĂ´le prĂ©dominant Ă  l’époque classique puis Ă  celle des Lumières. Ces femmes jouèrent Ă©galement un rĂ´le de pionnières dans la conceptualisation de la pensĂ©e fĂ©ministe, qui conduisit plus tard Ă  la crĂ©ation des premiers mouvements fĂ©ministes.

Dans son ouvrage Une chambre à soi, Virginia Woolf analyse l’influence de la condition féminine sur le travail artistique des écrivaines. Découragé, bridé[1], le talent de certaines femmes de lettres ne put être que le pâle reflet de ce qu’il aurait pu être en des circonstances sociales et financières plus propices à l’exercice de leur art.

Sommaire

[modifier] Les femmes dans la littérature de la fin de l’époque moderne

Jane Austen, Raison et sentiments, rédaction clandestine.
Jane Austen, Raison et sentiments, rédaction clandestine.

L’activitĂ© littĂ©raire des femmes fut souvent bridĂ©e par les conceptions sexistes et la structure sociale des sociĂ©tĂ©s occidentales des Ă©poques moderne et contemporaine. Leurs travaux sont souvent critiquĂ©s, minimisĂ©s, par leurs contemporains masculins et fĂ©minins. L’activitĂ© littĂ©raire des femmes empreinte donc souvent Ă  cette Ă©poque et plus tard des voies dĂ©tournĂ©es, comme la publication anonyme (Jane Austen) ou l’usage de pseudonymes masculins : les sĹ“urs BrontĂ«, George Sand, George Eliot, y ont par exemple eu recours.

Ă€ partir du XVIe siècle, des femmes de la noblesse, influentes et cultivĂ©es, organisent des salons littĂ©raires qui deviennent au cours des deux siècles suivant des hauts lieux de la vie culturelle. Leurs contributions Ă  l’élaboration et la transmission des idĂ©es des Lumières et la vie intellectuelle parisienne et europĂ©enne est donc majeure. Des Ă©crivaines comme Madeleine de ScudĂ©ry, mieux connue sous son pseudonyme de « Sappho Â», s’y illustrent, et ont une carrière littĂ©raire très dense, mĂŞme si dans le cas de Sappho, une partie de ses Ĺ“uvres est publiĂ©e sous le nom de son frère.

L’échange de correspondance est Ă©galement une activitĂ© littĂ©raire qu’elles exercent, certaines devenant des tĂ©moignages cĂ©lèbres d’une Ă©poque, et Ă©voluent vers un vĂ©ritable genre littĂ©raire caractĂ©risant les romans Ă©pistolaires. Le cas des correspondances de l’épistolière Marie de SĂ©vignĂ© est Ă  ce titre exemplaire : rĂ©digĂ©es au XVIIe siècle, ses lettres sont publiĂ©es de façon clandestines en 1725, puis publiĂ© officiellement part sa petite fille en 1734-1737 et en 1754, et rencontrent une grande popularitĂ©.

« La femme a le droit de monter Ă  l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter Ă  la tribune. Â» - Olympe de Gouges.Proche des Girondins, elle fut guillotinĂ©e.
« La femme a le droit de monter Ă  l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter Ă  la tribune. Â» - Olympe de Gouges.
Proche des Girondins, elle fut guillotinée.

Les Ă©crits de ces femmes apportent souvent Ă  la littĂ©rature une vision fĂ©minine particulière, allant de simples badinages, Ă  des critiques piquantes de personnalitĂ©s ou des structures sociales de leur Ă©poque. Avec ces Ă©crits Ă©mergent Ă©galement les premières conceptualisations de l’ère contemporaine qui donneront naissance au fĂ©minisme. La femme de lettres Olympe de Gouges emprunte ainsi une carrière politique et de polĂ©miste, dont les Ă©crits portent en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs : elle est notamment l’auteur de la DĂ©claration des droits de la femme et de la citoyenne. Les idĂ©es rĂ©volutionnaires françaises se rĂ©pandant en Europe, l’institutrice anglaise Mary Wollstonecraft publie en 1792 son pamphlet rĂ©volutionnaire et fĂ©ministe, DĂ©fense des droits de la femme.

Ces femmes de lettres et leurs Ă©crits sont parfois vivement critiquĂ©s, par les deux sexes, Ă  cause de leur statut de femme : le critique littĂ©raire Samuel Johnson compare ainsi les femmes prĂ©dicateurs Ă  « un chien en train de danser : vous ĂŞtes Ă©tonnĂ© de le voir rĂ©aliser un tour, mais sa danse demeure boiteuse et mal exĂ©cutĂ©e. Â» Toutefois, cette critique-ci s’inscrit dans le contexte particulier de la sociĂ©tĂ© anglaise du XVIIIe siècle. D’autres sont mieux accueillies et font l’objet d’une vĂ©ritable reconnaissance sociale et littĂ©raire. MalgrĂ© l’aspect parfois subversif de ses Ă©crits vis Ă  vis de la sociĂ©tĂ© patriarcale et machiste de son Ă©poque, Madeleine de ScudĂ©ry devient la première femme Ă  recevoir le prix de l’éloquence de l’AcadĂ©mie française.

[modifier] XIXe siècle

[modifier] XXe et XXIe siècles

[modifier] Bibliographie

[modifier] Études

  • Laure Adler et Stefan Bollmann, Les Femmes qui Ă©crivent vivent dangereusement, Paris, Flammarion, 2007. (ISBN 9782080116413)
  • Camille Aubaud, Lire les femmes de lettres, Paris, Dunod, 1993.
  • Geneviève Brisac, La marche du cavalier, Paris, Ă©ditions de l’Olivier, 2002.
  • Angela Carter, The Sadeian Woman : An Exercise in Cultural History, Londres, Virago, 1979.
  • HĂ©lène Cixous, Entre l’écriture, Paris, Ă©ditions des Femmes, 1986.
  • —, « Le Rire de la mĂ©duse Â», L’Arc, « Simone de Beauvoir et la lutte des femmes Â», 61, 1975.
  • Colette Cosnier, Le Silence des filles : de l’aiguille Ă  la plume, Fayard, 2001.
  • BĂ©atrice Didier, L’Écriture-femme, Paris, PUF, 1981.
  • Xavière Gauthier, SurrĂ©alisme et sexualitĂ©, Paris, Gallimard « idĂ©es Â», 1971.
  • Sandra M. Gilbert et Susan Gubar, The Madwoman in the Attic : The Woman Writer and the Nineteenth Century Imagination, New Haven, Yale University Press, 1979.
  • —, No Man’s Land. The Place of the Woman Writer in the Twentieth Century, vol. 2, Sexchanges, New Haven et Londres, Yale University Press, 1989.
  • Claudine Hermann, Les Voleuses de langue, Paris, Ă©ditions des Femmes, 1976.
  • bell hooks, Talking Back, Boston, South End Press, 1989.
  • —, Yearning: Race, Gender and Cultural Politics, Londres, Turnabout, 1991.
  • Annie Le Brun, Ă€ distance, Paris, Pauvert/Carrère, 1984.
  • —, Vagit-prop, Lâchez tout et autres textes, Paris, Ramsay/Pauvert, 1990.
  • Nancy K. Miller, The Heroine’s Text: Readings in the French and English Novel, 1722-1782, New York, Columbia University Press, 1980.
  • —, The Poetics of Gender, New York, Columbia University Press, 1986 ; 1987.
  • Christine PlantĂ©, La Petite SĹ“ur de Balzac, essais sur la femme auteur, Paris, Seuil, 1989.
  • Joanna Russ, How to Suppress Women’s Writing, Austin, University of Texas Press, 1983.
  • Liesel Schiffer, Femmes remarquables du XIXe siècle, Paris, Vuibert, 2008. (ISBN 9782711744428)
  • Elaine Showalter (dir.), The New Feminist Criticism : Essays on Women, Literature, and Theory, New York, Pantheon, 1985.
  • Gayatri Chakravorty Spivak, In Other Worlds: Essays in Cultural Politics , Londres, Methuen, 1987 ; Routledge, 2006.
  • Robyn R. Warhol & Diane Price Herndl (Ă©d.), Feminisms, an Anthology of Literary Theory and Criticism, Houndmills (Basingstoke, Hampshire), Macmillan Press, 1997.

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Claire Lesage, Femmes de lettres Ă  Venise aux XVIe et XVIIe siècles : Moderata Fonte, Lucrezia Marinella, Arcangela Tarabotti, Clio n° 13/2001, Intellectuelles, mis en ligne le 19 juin 2006. ConsultĂ© le 21 octobre 2007.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

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